«Il y a des films qu’on a eu d’abord à Marrakech et qui ont fini par gagner des oscars»

À l’occasion de la 15e édition du Festival international du film de Marrakech, Sarim Fassi Fihri, directeur du Centre cinématographique marocain et vice-président du FIFM, dresse un bilan des quinze années d’existence de l’évènement.

Nous sommes à la quinzième édition du Festival international du film de Marrakech. A-t-il réalisé ses ambitions ?

Mais complètement. Aujourd’hui le festival existe mondialement. Il a place sur la carte des festivals de prestige. À partir de là, nous estimons que le FIFM a réalisé l’ambition de se placer sur l’échiquier international. Il n’y a qu’à voir les invités, les personnalités hommagées, les professionnels qui viennent assurer les masterclasses qui sont tous primés d’Ours d’or, de Palme d’or, etc… Beaucoup de grands festivals à l’international et qui se disent importants n’ont pas accès à cela.

Justement, depuis 2001 et jusqu’à aujourd’hui, et grâce à tous ces professoraux internationaux qui se retrouvent à Marrakech grâce au FIFM, y a-t-il eu une augmentation notable des productions internationales au Maroc ?

Oui, bien sûr. Parce qu’il y a eu une médiatisation telle, dans le milieu du cinéma, qu’il y a eu une augmentation visible. Par exemple, le film d’ouverture de la 15e édition est Rock the Kasbah de Levinson qui est venu au Maroc, pour la première fois, en tant que membre du jury, et qui a tout fait pour trouver un sujet de film à tourner ici. Le Maroc commence à être visible en Inde. Il y a de plus en plus de productions indiennes qui se tournent au Maroc. J’ai même reçu l’ambassadeur de l’Inde qui m’a informé du projet de faire un road-trip pour les producteurs indiens, parce que tout le monde demande après le Maroc. Et c’est là un exploit du festival puisque dans les années 90, personne en Inde ne connaissait le Maroc. Sans parler de la Corée du Sud et d’autres contrées dans le monde.

Peut-on en dire autant des partenariats artistiques et des coproductions maroco-étrangères ?

Nous avons toujours tenu à mettre en contact les artistes marocains et étrangers à travers des manifestations en marge du festival. Mais cela n’a pas vraiment donné de grands résultats. Nous avons annulé les déjeuners des réalisateurs, justement parce que l’on s’est rendu compte que cela ne permettait pas vraiment de briser la glace entre professionnels marocains et étrangers. Par contre, cette année, nous avons prévu des speed-meetings au Palais des congrès entre professionnels, avec prise de rendez-vous préalable. Le CCM partira avec la même brochure de films marocains présentés à Cannes, de manière à les distribuer aux professionnels étrangers qui viendront à ces speed-meetings.

En tant que directeur du Centre cinématographique marocain, notez-vous une amélioration du cinéma marocain grâce à ses accointances avec le cinéma international, en marge du FIFM? 

On ne peut pas parler d’amélioration du cinéma marocain. On peut noter l’amélioration chez certains cinéastes marocains probablement. Mais on ne peut considérer que le festival a la responsabilité de tirer vers le haut tout le cinéma marocain, ou qu’il en ait l’exclusivité. Il y a plein de raisons qui font que le cinéma marocain évolue dans un sens ou dans l’autre. Disons que le festival contribue en rendant possible un certain échange et en inspirant une certaine émulation chez les réalisateurs marocains qui découvrent une autre vision de leur métier. Mais on ne peut mettre tout sur le dos du festival.

Le FIFM fait souvent l’objet de critiques en raison de son staff français. Mélita Toscan Du Plantier, directrice du festival, en a fait les frais l’année dernière. Qu’en pensez-vous ?

Aujourd’hui 90% du staff est marocain, et ce, à tous les postes. Y compris les plus importants où officient des soldats de l’ombre. Pour les postes de directeur artistique et du directeur du festival, on va forcément chercher les meilleurs. Le directeur du Festival de Venise, Marco Mueller, a auparavant dirigé le festival de Rotterdam et celui de Locarno. Jamais on a dit que Locarno était un festival italien parce qu’il était dirigé par Marco Mueller. Tout comme l’on ne peut considérer marocaine une institution telle que la Nasa ou la Bourse de Londres, juste parce qu’elle emploie des Marocains. Je trouve cela ridicule. Le FIFM est un festival marocain.

Nous vivons une période assez morose sur le plan politique international. Assez dangereuse également. Quel message le FIFM aimerait-il livrer au monde ?

Le même message que le premier jour. Rappelez-vous que la première édition du festival a eu lieu en septembre 2001. Moins de deux semaines après le drame du 11 septembre. Et Sa Majesté a voulu que le festival ait lieu malgré tout. C’est le même message qu’on a tenu depuis 15 ans : ouverture, tolérance et résistance à des phénomènes qui n’ont rien d’artistique.

«Much loved» est sorti en Tunisie en marge des Journées cinématographiques de Carthage. À quand la levée de l’interdiction au Maroc ?

Jusqu’à aujourd’hui, il n’y a jamais eu de demande officielle de Nabil Ayouch pour que cette interdiction soit levée. Et en même temps, j’ai l’impression que cela l’arrange bien, puisque ça fait beaucoup de buzz. C’est pareil pour les Journées de Cathage qui avaient besoin de remonter leur niveau. Ils sont passés après la révolution à une programmation annuelle, alors qu’elles avaient lieu tous les deux ans. Ils avaient besoin d’un petit coup de buzz pour se lancer.

Vous qui avez visionné tous les films de la sélection officielle, que pouvez-vous nous dire sur la programmation de la 15e édition ?

Il y a des films tellement magnifiques que l’on se demande comment ils ne sont pas dans les circuits des grands festivals. Certains auraient pu être à Cannes ou à Venise, mais ils sont sortis après. Nous avons la chance de les avoir. Plus d’une fois d’ailleurs, des films qu’on a eu d’abord à Marrakech, ont fini par avoir des oscars. Vous allez voir de très belles choses.