Hoba Hoba Spirit brandit son «KalaKhniKov»

« KalaKhniKov » est sorti et c’est du lourd ! Le dernier album des Hoba Hoba Spirit est un hymne à  la joie toujours aussi frais, pétillant et irrévérencieux.
Voici notre critique de cet opus plein d’ironie, le meilleur remède contre la bêtise.

Surprenant. C’est ce qui peut définir le nouvel album de Hoba Hoba Spirit : un mélange de chaâbi, de reggae, de rock, électrique ou plus ou moins acoustique. KalaKhniKov est tout cela, joyeusement harmonieux et spontanément décoiffant. Tout en creusant davantage dans les influences de son registre, le groupe ne s’est pas éloigné de son esprit festif et de la musique qui en fait toute la particularité. Le rythme est nerveux et n’est relâché que pour mieux remonter crescendo. Les paroles plongent dans cette ambiance festive qui invite à «se lâcher». KalaKhniKov suggère aussi l’immersion dans la réalité sociopolitique ambiante en même temps que la distance suffisante pour l’observer, pour la dire artistiquement avec beaucoup d’ironie, sur un fond musical pétillant en quête de sensations fortes.

Dans le fond, Hoba Hoba Spirit ne s’aligne pas sur le militantisme. L’album KalaKhniKov ne s’inscrit ni dans la dénonciation ni dans la réaction-à… Il refait les bribes d’une Histoire en décadence. Il pose de mille et une façons la question qui taraude de nombreux esprits éveillés : comment cette décadence a-t-elle été fatalement possible dans l’indifférence générale ? L’ironie raconte la bêtise qui est encouragée et exploitée en tant qu’arme de destruction mentale. D’où le titre de l’album tiré d’un néologisme bien pensé, entre «kalakh» (bêtise en darija) et «kalachnikov», l’arme ayant symbolisé la rébellion de l’Armée rouge soviétique dans une autre Histoire, devenue la mascotte de la terreur, au fil du temps.

L’album tient d’emblée en haleine et donne du plaisir à en enchaîner les titres jusqu’au bout. Mises en ligne depuis quelques jours, les premières chansons en confirment l’originalité particulière. Pour la première fois par rapport à ses cinq albums précédents, le groupe a introduit des sons de cuivre dans certaines pistes. A écouter Ayna L’mafar, on reconnait l’empreinte musicale de Hoba Hoba Spirit dès les premiers riffs de guitare mariés au bendir saccadé, tout en étant étonné de les retrouver sous une autre couture. Chacun des titres a son lot de belles surprises : dans KalaKhniKov, le batteur du groupe Adil Hanine revient au micro de vocaliste pour interpréter Sidi Bouzekri, la troisième chanson de l’album.

Le rire ou le sourire est la meilleure manière de transmettre un message. Hoba Hoba Spirit a habitué ses fans à la mise en lumière du paroxysme ambiant dans un air de bonne humeur. Aujourd’hui, dix ans après la création du groupe, ce dernier le fait encore avec toujours autant de conséquences sur les fans : terminer en sueur après un long concert, le rythme des chansons collé à l’oreille, avec des refrains que l’on fredonne le lendemain et tous les autres jours, tout sourire.

Chaque fois que l’on écoute le registre des Hoba Hoba Spirit, mais surtout qu’on les voit se produire sur scène, on ressent la même frénésie que la première fois où l’on a entendu parler du groupe. On retrouve la même joie en ébullition que lorsqu’on a partagé entre amis les premières chansons, au moins une fois dans sa vie de lycéen ou de jeune étudiant.  A travers le temps, Hoba Hoba Spirit s’est confirmé comme étant un univers musical en soi. C’est ce qui fait toute la réussite d’une formation musicale : avoir la capacité spontanée dans les veines de tenir en haleine son public à travers les années. Oser l’impensable musicalement. Faire de chaque concert une rencontre en apothéose comme à la première fois. Dans le même esprit, vues et écoutées en concert, les chansons de l’album KalaKhniKov promettent autant de surprises que leurs versions au studio.

* Prochaines dates :
– Mercredi 15 mai à Casablanca
– Festival Timitar d’Agadir 2013
(édition du 22 au 25 juin – date à confirmer)