Gnawa Diffusion : c’est bon quand ça pique !

Jamais un figuier de barbarie n’a fait couler autant d’encre que celui d’Amazigh Kateb et ses acolytes. «Shock El hal», littéralement «épines du temps» est l’album des retrouvailles nostalgiques.

Il existe des groupes de légende, au style unique et au succès mythique qu’on voit se dissoudre comme une flopée de poussière. Du jour au lendemain, ils quittent la scène, et vont chacun évoluer dans leur coin, l’âme en peine et le regard nostalgique jeté sur les étagères où trônent  photos de tournées et prix dorés. Il y a cinq ans, Gnawa Diffusion tente une pareille expérience. Amazigh Kateb se lance dans son album solo, ses musiciens multiplient les projets et les collaborations. Mais on parle de Gnawa Diffusion ! Sérieusement, vous les imaginez, vous, se tourner les pouces sur un canapé, loin des studios et des scènes ? Non, mais ! Il leur a juste fallu cinq ans pour expérimenter en long, en large et en travers l’expression «se perdre pour mieux se retrouver». Et c’est en novembre 2012 qu’on voit naître le fruit de ces fabuleuses retrouvailles.

Sagesse exaltée

Shock El hal, ou treize titres qui déclarent la résurrection du groupe. Treize titres que je découvre les neurones dangereusement engourdis par une surexposition aux «hits» et qui résonnent dans ma tête comme un reportage au cœur de l’actualité politique et sociale avec des allures d’épopée romanesque d’un héros à travers les siècles. Musicalement, le groupe est le même mais différent. Une pincée de facilité électronique s’étant invitée entre les mélopées rythmées et originales qu’on leur connaissait, résultat peut-être du nouveau style qu’arbore Amazigh Kaleb depuis son album solo Marchez Noir. «C’est du grand Gnawa Diffusion. L’art de la mixité. Ils mélangent les rythmes traditionnels maghrébins et reggae, font coexister les langues, le poétique et le politique dans des textes qui ont du poids et de la force. Ils s’adressent à tout le monde. Leur force en live est extraordinaire», décrit un journaliste de Marianne. Et ce n’est rien de le dire. On retrouve dans ce dernier opus quelques chroniques furibondes qui dénoncent les injustices politiques et les inégalités sociales, une déclaration d’amour tendre et follement romantique, des hommages émouvants aux enfants victimes des révolutions arabes, et surtout… A Brassens, par une reprise osée de l’Auvergnat. Et comme si cette tuerie musicale ne suffisait pas, la rumeur circule qu’ils seraient présents à la prochaine édition de Mawazine. Affaire à suivre.