Gnaoua : plus qu’un festival

Du 20 au 23 juin, le seizième Festival Gnaoua Musiques du Monde s’est tenu à  Essaouira. En plus des mà¢llems gnaouis sur scène et d’une programmation artistique variée, l’édition a été accompagnée du Forum Citoyen Sociétés en Mouvement, Jeunesse du Monde.

Les textes gnaouis ont toujours chanté la liberté, le refus de l’asservissement et le détachement du matérialisme aliénant. Si vous voulez palper réellement le sens de ces valeurs-là, de cohabitation et d’acceptation des différences, vous connaissez l’adresse. Laissez-vous guider par l’alchimie d’Essaouira. Et pour cause, la musique nous rassemble, mais pas que.

Dans le cadre du Festival Gnaoua et à l’occasion de la fête de la musique, les mélomanes ont pu apprécier le mélodieux répertoire d’Oum. En première partie de soirée du 21 juin, la diva marocaine de la soul a chanté ses plus belles chansons que le public a reprises en chœur. Il faut dire que les programmateurs, archéologues de la musique, fouillent, fouinent et dénichent les meilleurs interprètes, les meilleurs musiciens. Au Festival Gnaoua et Musiques du Monde, on ne rêve pas seulement mais on vit ses rêves de musique et de partage. La musique gnaoua est une sève qui continue d’alimenter les esprits et les cœurs. Le festival s’en nourrit et nourrit ceux qui partagent ses valeurs.

Les scènes au-dessous d’un ciel de mouettes, au bord de la mer, rien de tel pour laisser libre court à ses émotions. Car au Festival Gnaoua, il n’y a pas que des scènes à ciel ouvert. Dans une ambiance plus intimiste, les spectateurs ont également pu apprécier le rendez-vous incontournable des éditions du festival : l’Arbre à Palabres. Chaque jour à partir de 17 h au siège de l’Alliance française, à la lisière des Remparts, les rencontres programmées ont rapproché les artistes de leur public dans le cadre de rencontres intenses. Le principe est que les musiciens se présentent, parlent de leur parcours, leurs penchants artistiques, leurs influences, autour d’un thé, avant d’enchaîner en musique. Oum en a fait partie, justement. Le brassage musical a été au rendez-vous, avec, notamment, beaucoup de mâllems gnaouas au programme.

Plus énergique, plus rythmé, le groupe punk marocain Haoussa a fait vibrer les fans lors d’un concert décoiffant. Le 22 juin, à quelques minutes de minuit, le public est déjà enflammé. Haoussa fait son entrée sur scène peu de temps après. Le rythme du concert est donné d’emblée. Le chanteur Khalid Mokdar et ses musiciens ont habitué leurs fans à des concerts qui débordent d’énergie pour dire le ras-le-bol d’une génération qui aspire à une vie meilleure. Le prochain album du groupe, attendu d’ici l’année prochaine, est dans le même registre mais revisitera d’autres sonorités, plutôt acoustiques.

Au Festival Gnaoua, il y a de la musique, chaque soir, mais aussi du débat d’idées, pendant la matinée. Le Forum Citoyen Sociétés en Mouvement, Jeunesse du Monde, a été le rendez-vous parallèle aux festivités de cette 16e édition. Le 22 juin, lors du second rendez-vous de ces rencontres, le sujet a été celui de «Jeunesse : dynamiques sociales et politiques». Ont pris part à ce débat, Ouidad Melhaf, journaliste et membre fondatrice du Mouvement du 20 Février, Karim Ghellab, président de la Chambre des représentants, Mounir Bensalah, bloggeur et membre de l’Organisation marocaine des droits de l’homme, et Hassan Boucetta, sénateur et conseiller communal de Liège et Belgique. Un débat sans concession, enrichissant, loin des polémiques où ce genre de rencontres perd parfois de sa valeur.

Le changement se fait par le dialogue. Que de chemin parcouru depuis à lutter contre les idées reçues…tout cela s’est fait sur les scènes. La preuve par la musique. Pour Mounir Bensalah, «ce qui manque au Maroc, c’est le dialogue».

Alors, la plus grande valeur d’une série de rencontres comme celles du Forum parallèle au Festival Gnaoua «est de faire rencontrer des profils différents, des jeunes, des personnalités politiques, des militants, pour dialoguer». Artiste, journaliste, député ou contestataire, Ouidade Melhaf estime que la participation de toutes ces personnes au Forum Citoyen parallèle au festival «traduit un engouement et une forte volonté de faire évoluer positivement le Maroc, chacun ayant sa manière de faire les choses».

Les magnifiques ambitions font faire les belles choses. Il faut dire que le Festival Gnaoua d’Essaouira a, cette année, marqué la différence. La culture a réussi le pari de rassembler toutes les tendances.