Fadila El Gadi, d’une capitale à l’autre

Le 10 mai, une exposition rétrospective de Fadila El Gadi aura lieu à l’Institut français de Rabat. La styliste inaugure, à l’occasion, son école de broderie au profit de la jeunesse de la ville de Salé.

Le 10 mai, l’Institut français de Rabat accueille votre collection «D’une capitale à l’autre». De quoi s’agit-il ?

C’est une exposition qui se veut rétrospective, avec quelques pièces données par l’époux de feu la marquise Anne-Marie de Contades et Etchika Choureau. Mais aussi une présentation de ma collaboration avec quelques artistes, dont Mohamed El Baz, Chourouq Hriech, Hassan Hajjaj… Et c’est surtout une promenade dans mes créations et mes inspirations. Le titre lui-même parle de mon parcours : de Rabat-Salé à Paris, en passant par Naples et Rome, où mon travail est apparu au public. Mais aussi toutes ces capitales, Istanbul, New-Delhi, Tokyo d’où je tire une partie de mon inspiration. Mon métier est au croisement de l’art, de la mode, de l’artisanat et de l’intemporel.

Vous venez de fonder l’association «Conservatoire des arts de la broderie à Salé». Qu’est-ce qui a motivé cette initiative ?

Je suis inquiète au sujet de la transmission du savoir-faire de la broderie au Maroc. Ce métier disparaît, n’intéresse pas les jeunes, parce qu’ils ne le connaissent pas. J’ai voulu créer une école pour marquer mon intérêt pour la survie de ces techniques, mais aussi pour le développement de ma ville de Salé, puisque l’école sera ouverte à tous et surtout gratuite.

Qu’enseigne-t-on dans l’école de broderie de Fadila El Gadi ?

On y apprend la broderie, ou plutôt les broderies. Mais aussi l’hygiène, l’écriture…Bref, tout ce qu’il faut pour transformer un ou une apprentie en vrai artisan.

Pensez-vous qu’il y ait encore un avenir aux métiers artisanaux du textile au Maroc ?

Je suis fermement convaincue qu’il y a une demande de savoir-faire dans le vêtement. Surtout dans le haut-de-gamme, et ce, en cohérence avec notre tradition artisanale, qui fait l’une des forces de notre pays et qui est appréciée par les étrangers, parfois plus que par nous-mêmes !

Est-ce que le ministère de l’artisanat a un rôle à jouer dedans ?

Certainement. Mais, à ce stade, c’est un projet qui a été jusqu’ici purement personnel.

Aujourd’hui, au Maroc, les défilés de caftans l’emportent sur la scène moderne. Qu’est-ce que vous en pensez ?

Le caftan est un de nos habits traditionnels. Ce n’est pas le seul. Même si je m’en inspire parfois, je m’intéresse à d’autres sources marocaines, comme par exemple les tissus et motifs sahraouis. Le caftan est un des composantes de notre patrimoine immatériel marocain. Je ne m’inscris pas contre, mais je suis dans une logique beaucoup plus internationale.

Que pensez-vous des événements tels que Festimode et le Casa Fashion show ?

Festimode avait tout son intérêt. Par manque de moyens, de soutien et peut-être de notoriété dans le monde de la mode, cette manifestation a disparu. Personnellement, j’aurais aimé voir venir des créateurs étrangers participer au Festimode, parce que c’était un vrai défilé collectif de mode. Le Casa Fashion Show, par contre, n’a rien à voir avec la création. C’est un défilé de produits de prêt-à-porter disponibles dans les boutiques au Maroc.

Vous venez de lancer votre premier parfum. Etait-ce important pour vous ?

Oui car, pour moi, le parfum est le premier complément de l’habit. C’est aussi inspirant et compliqué à faire que créer un vêtement. Aussi, j’ai réalisé mon parfum avec un «nez» et des professionnels en France à partir de fragrances, marocaines ou venues d’ailleurs, qui ont marqué ma vie. Ce n’est pas une simple addition d’arômes, mais un produit sophistiqué.