« Définir limite les champs de l’imagination »

«Velours de songes» est la première exposition d’une jeune artiste de 23 ans, très prometteuse : Jusqu’au 11 juin au Vertigo de Casablanca, Fatima Ezzahra Lahlou déploie des photos, des dessins tout en grà¢ce et en nébulosités.

Votre exposition porte le sous-titre «Sublimation de la femme flamme». Qu’est-ce qu’une «femme flamme» ?

La femme flamme c’est la femme guidée par sa volonté, sa passion, dont les yeux sont libres, qui aspire les regards par sa grâce, qui ne laisse pas les diktats quotidiens voiler cette «grâce» et enfouir cette «passion», qui tantôt charme tantôt émeut, qui vit par sa sensibilité et court après l’intensité.

Quelles formes prend cette femme flamme dans «Velours de songes» ?

Je n’y représente pas que des femmes. Je fais la part belle aux femmes, mais elles n’ont pas l’exclusivité picturale dans mes travaux. La femme flamme prend forme dans des silhouettes, un bout de main, un œil libre et des lèvres qui brûlent, une nuque parmi des fleurs, des inscriptions sur un dos. Elles sont souvent associées à leur décor, elles peuvent être fondues dans un décor naturel comme dans une mise en scène urbaine ou encore flotter dans l’absolu d’un fond noir.

Pourquoi ce refus obstiné des «définitions», cette distanciation par rapport à «la réalité» ?

Je refuse les définitions dans l’art. Définir nous aide à avancer dans la vie, mais ne m’aide pas à sublimer les images qui me traversent l’esprit, ni à les pousser à l’extrême. Mon moteur, c’est chercher l’inédit, l’irréel, des instants qui relèvent de la rêverie. Alors que les définitions, il me semble, limitent les champs de l’imagination, la soumission à des certitudes froides telles que les définitions se fait au détriment de la fantaisie, d’où l’effet balayé et atmosphérique dans mes photos, d’ou le refus des contours bien tracés ou précis.
La réalité ne me déplaît pas du tout, je puise au contraire dans la réalité pour créer des atmosphères parallèles à elle, je lui emprunte des éléments et les recompose pour déployer un monde illusoire qui frôle la magie, qui fait voyager les sens.

Qu’est-ce qui vous inspire? Quelles personnes, quelles œuvres nourrissent votre imaginaire ?

Vous permettez que j’écrive cinquante pages pour répondre à cette question ? Depuis mon très jeune âge, je me suis réfugiée dans le cinéma et la littérature. En cinéma, les images qui m’ont le plus marquée proviennent surtout du genre indépendant (Jim Jarmush, Derek Jarman, Lynch), surréaliste (Man Ray), et expérimental (Kenneth Anger, Chris Marker).
En peinture et dessin, Schiel, Klimt, Kandinski, Otto Dix, Chagall, Basquiat, André Breton m’ont beaucoup inspirées. En littérature, j’ai été marquée par Le loup des steppes, de Herman Hess, L’insoutenable légèreté de l’être, de Kundera, les œuvres de Céline et d’Henri Miller pour ne citer qu’eux.