Cinéma : 245 salles fermées entre 1980 et 2017

Il existe encore 31 salles de cinéma actives pour 1,6 million de spectateurs par an. En 30 ans, le chiffre d’affaires a chuté de moitié et ne devrait pas dépasser 60 MDH en 2018. Les propriétaires des salles réclament une baisse de la TVA. Une stratégie d’accompagnement et de soutien prévue pour 2020.

Avec 22 longs métrages et 60 courts métrages produits annuellement, des rencontres cinématographiques dans 53 villes du Royaume, un festival, celui de Marrakech, d’envergure internationale, et une participation dans 87 festivals étrangers, le Maroc semble accorder de l’importance au 7e art. Mais pour les salles de cinéma, c’est une toute autre histoire. En effet, sur les quelque 276 salles actives en 1980, 245 ont baissé le rideau de manière définitive, tandis que 31 – totalisant 69 écrans- peinent, pour la plupart, à garder leurs portes ouvertes. Plusieurs d’entre elles sont même au bord de la faillite, et attendent une main tendue du ministère de tutelle pour investir et améliorer leur offre. Seule une poignée de propriétaires puisent dans leurs fonds propres pour moderniser leurs équipements: fauteuils, sonorisation, qualité des écrans ou des dispositifs de projection, etc.

Des salles vieillottes, fortement concurrencées par les DVD piratés

Le cinéma a subi de plein fouet la concurrence d’autres médias. Le recours aux DVD piratés est bien installé – on peut même disposer des sorties cinématographiques les plus récentes- impactant sérieusement les recettes des salles de cinéma de quartier. «Le temps des salles de cinéma populaires est révolu. A Casablanca par exemple, ceux qui ont des moyens vont au Mégarama ou à l’Imax, puisque ça leur fait une sortie. Autrement, la demande pour les DVD est telle que nous sommes obligés de nous adapter en termes de qualité d’image et de son, de disponibilité des sous-titrages…», commente un vendeur de DVD, très fréquenté à Casablanca.

Un constat tragique partagé par la Chambre marocaine des salles de cinéma qui réclame une opération de sauvetage pour remédier à la faible affluence. Les chiffres fournis par le Centre cinématographique marocain (CCM) indiquent que les recettes moyennes annuelles des salles de cinéma encore actives atteignent à peine 72 MDH (le ministère de tutelle compte, lui, 75 MDH), alors même qu’en 1988, le chiffre d’affaires réalisé dépassait les 144 MDH. Pour 2018, les professionnels s’attendent à un chiffre d’affaires bien loin de la barre des 60 MDH, les comptes à fin octobre 2018 étant à peine à 41 MDH. Une baisse vertigineuse de 50% en 30 ans, qui ne s’explique pas uniquement par la prolifération des points de vente de DVD piratés. «Le manque d’affluence constaté est également dû au manque cruel d’investissements, rendant les salles obsolètes. Ce qui suscite un désintéressement croissant des cinéphiles», nous confie-t-on auprès du ministère de la culture et de la communication. Et c’est justement pour s’engager dans ces investissements que les propriétaires des salles réclament une aide financière de l’Etat, ainsi que la révision à la baisse du taux de TVA, qui avait été remontée de 13% à 20%. Ils réclament également l’application des dispositions prévues par la loi N°43-05 pour lutter contre le piratage.

Aide à la numérisation

Mohamed Al Aaraj, ministre de la culture, explique à La Vie éco que «le soutien du ministère passe, entre autres, par une aide à la numérisation, et un accompagnement financier. La subvention prévue pour venir en aide aux salles de cinéma est appelée à augmenter en 2020, justement dans le but d’aider au renouvellement des équipements et à l’ouverture de nouvelles salles de cinéma». Toutefois, le ministère et les professionnels sont unanimes sur le fait que la reconversion en salles modernes, entièrement équipées des technologies les plus récentes, est l’unique moyen pour sauver le secteur. C’est ce que nous confirme une source au sein de Mégarama, qui explique le succès de ce modèle économique par un positionnement basé sur deux piliers fondamentaux: la disponibilité des films récents et le maintien de la perception faite par le client d’une sortie de loisir. «Aller au cinéma a toujours été une activité plaisante qui se fait en famille et entre amis. Nous nous efforçons de maintenir cette image. Beaucoup reviennent visionner un même film plusieurs fois avec des amis, et ce, malgré l’accessibilité des DVD piratés et le streaming et téléchargement, légal ou illégal d’ailleurs», explique cette source. Le même constat peut être fait pour l’Imax du Morocco Mall, qui se spécialise dans les sorties internationales et les premières. En revanche, pour les petites salles de cinéma, et en l’absence d’aide suffisante pour assurer leur survie, les propriétaires ne se font plus d’illusions. Soit ils investissent, soit ils disparaissent.

«Nous voulons que l’ensemble des villes soient dotées de salles équipées de dispositifs numérisés»

La Vie éco : Que fait le ministère pour éviter aux salles de cinéma le risque d’extinction ?

Le rôle du ministère de la culture est de soutenir leurs projets de numérisation et de rénovation. Aujourd’hui, seules 31 salles de cinéma sont actives. Elles proposent 69 écrans sur tout le Maroc pour 1,6 million de visiteurs annuels. C’est loin d’être suffisant. C’est la raison pour laquelle nous nous mobilisons pour accompagner les propriétaires dans leurs démarches pour que les salles de quartier passent enfin au niveau supérieur.

La subvention accordée est-elle suffisante selon vous ?

La subvention accordée, qui est de 10 MDH, n’est pas suffisante. C’est la raison pour laquelle elle sera augmentée à partir de 2020, ce qui donnera plus de marge de manœuvre aux propriétaires pour effectuer les investissements que nécessitent leurs salles.

Quelles sont les autres actions à entreprendre pour favoriser l’ouverture de nouvelles salles ?

Le ministère travaille sur le renforcement du dispositif de soutien aux investissements potentiels pour le renouvellement du parc cinématographique et la création de salles nouvelles, notamment à Rabat et à Tanger. L’objectif est de créer autant de salles que possible partout au Maroc et d’empêcher la fermeture des salles pour renverser la vapeur. Nous travaillons pour que l’ensemble des villes marocaines soient dotées de salles de cinéma équipées de dispositifs numérisés et qualitatifs, et nous nous engageons auprès des salles à leur fournir toute l’assistance dont elles auront besoin. Propos recueillis par Mehdi Mouttalib