Ce que sera la Bibliothèque nationale

Elle chapeautera l’ensemble des bibliothèques du pays, produira les normes relatives au secteur et détiendra le monopole du dépôt légal.

La future Bibliothèque nationale du Royaume du Maroc (BNRM), dont le site fait face au Jardin Belvédère à Rabat, déploiera 1 800 m2 bâtis sur plusieurs niveaux. Financés par le Fonds Hassan II pour le développement économique et social, les travaux de construction (gros œuvre et terrassement), qui ont été confiés à un bureau d’études marocain après sélection sur appel d’offres international, ont démarré ces jours-ci et seront supervisés par la direction régionale du ministère de l’Equipement. Non loin des locaux actuels de la Bibliothèque générale et Archives (BGA), qui seront conservés comme annexe, le nouveau siège ultra moderne surmonté d’une tour et baignant dans un îlot de verdure, devra être opérationnel en mai 2005. Les 150 à 200 millions DH qui lui ont été initialement alloués seraient aujourd’hui largement dépassés, selon les responsables de la Bibliothèque générale et Archives.

Les 200 MDH alloués sont d’ores et déjà insuffisants
Voté par le Parlement en juillet 2002, le texte de loi relatif aux nouveaux statuts de la future BNRM, lui assigne des fonctions autrement plus importantes que par le passé, tout en la dotant des moyens technologiques les plus novateurs en ce domaine. Ainsi, la BNRM mettra à la disposition des chercheurs, étudiants et autres lecteurs, la quasi-totalité du patrimoine national des documents à caractère général et de manière multidisciplinaire (ouvrages de référence de toutes les disciplines) : manuscrits, livres imprimés, CD, micro-films et supports de presse, traités et répertoriés. «Une bibliothèque du savoir qui ambitionne de devenir un prestataire primordial de matière première au service de tous les savoirs académiques», souligne le directeur de la bibliothèque, Driss Khrouz.
En même temps, la BNRM chapeautera l’ensemble des bibliothèques du pays, produira et contrôlera les normes relatives à ce secteur (codification, travail technique, harmonisation du système,…) et détiendra le monopole du dépôt légal. «La nouvelle bibliothèque s’ouvrira également à la culture internationale à travers le numérique, les nouvelles technologies de la communication et l’information, les téléconférences, les méthodes d’instruction à distance, assure Fatema Aziz, responsable du service de coopération. De même, elle se veut simultanément un espace de réflexion, de débats, d’échanges d’idées, à travers l’organisation régulière de colloques et autres tables rondes».
Sur le plan administratif et budgétaire, les nouveaux statuts lui octroient la qualité d’établissement public autonome, sous tutelle du ministère de la Culture, dont la BGA actuelle n’est qu’un département. Ainsi, la BNRM disposera-t-elle d’un budget approprié, subvention accordée par le ministère des Finances après négociation avec le directeur de la BNRM, en concertation avec le ministre de la Culture, et en fonction des besoins et orientations.
A la tête de cet ambitieux projet, M. Khrouz affirme être «heureux de poursuivre le travail remarquable initié par Ahmed Toufiq», son prédécesseur aujourd’hui ministre des Habous. M. Toufiq a en effet lancé l’idée et les études de ce projet depuis 1996, tout juste un an après sa nomination à la BGA. Quant au nouveau directeur, économiste et bibliophile, il contribuera, au travers de ce projet, à privilégier le rôle de la culture dans le développement du pays. Auteur de plusieurs ouvrages spécialisés, enseignant durant 22 ans à l’Université Mohammed V, M. Khrouz exerce, entre autres fonctions, celles de secrétaire général du Groupement d’Etudes et de Recherches sur la Méditerranée et de membre du conseil scientifique de la Revue des études maghrébines (publication de la Fondation Abdul-Aziz).

Elle héritera d’un legs considérablement dilapidé
Toujours dans la logique de ce projet, M. Tawfiq avait entamé la lourde tâche de recensement/classement des ouvrages, ainsi que le travail de sauvegarde des manuscrits que M. Khrouz entend parachever tout en essayant de compléter, dans la mesure du possible, certaines collections existantes. Sur les quelque 33 000 manuscrits de la Bibliothèque, 13 000 volumes ont été sauvés au moyen des techniques les plus sophistiquées, en collaboration avec des sociétés expertes allemandes. Cette opération a bénéficié du soutien de sponsors privés, de la coopération internationale et de quelques mécènes particuliers. «La valeur culturelle et historique des manuscrits et parchemins est inestimable», souligne M. Khrouz. Les plus anciens datent du XVIe siècle. Ils consistent en études et traités de sciences islamiques, d’histoire, de philosophie, de civilisation andalouse, et aussi en sagas de grandes familles, de tribus, de villes.
«La Bibliothèque actuelle manque cruellement d’espace et de moyens pour pouvoir assumer ses missions, d’où l’idée du projet, fait observer M. Khrouz. Les bâtiments, vétustes et peu fonctionnels, datent des années 20, les techniques de conservation ont été pendant trop longtemps rudimentaires…».
Le nombre de livres imprimés que renferme la Bibliothèque générale n’est même pas connu précisément. Il est estimé entre 300 000 et 400 000 volumes. Les revues et journaux en nombre «infini» posent un énorme problème de classement et de rayonnage. Les futurs locaux comporteront, outre un équipement de classement ultra-sophistiqué, des salles de rayonnages et de lecture spécialement traitées pour la préservation des ouvrages, et munies d’un système de détection et de contrôle des entrées et sorties des livres. Sont prévues également des salles d’exposition sous verre pour les manuscrits les plus précieux et les plus fragiles. «La collection de la Bibliothèque a hélas subi durant toutes ces années une considérable érosion matérielle sans compter la disparition d’un nombre notoire d’ouvrages sinon de chapitres entiers de livres, déplore M. Khrouz. Toutefois, de nombreux trésors de cette Bibliothèque demeurent préservés».
Concernant les acquisitions, qui sont évidemment fonction des besoins et du budget, le service du Dépôt légal en assure une partie à très peu de frais. Chaque nouvelle parution y est déposée en quatre exemplaires, dont deux sont mis à la disposition du public, un conservé dans les archives et un autre réservé à l’échange avec d’autres bibliothèques de par le monde.
A travers son service d’échanges, la Bibliothèque tente de récupérer tout ce qui est publié par les auteurs marocains à l’étranger et tout ce qui s’écrit sur le Maroc, que ce soit par ses ressortissants soit par des étrangers. Les documents à haute valeur scientifique sont préférentiellement ciblés. La matière et la qualité scientifique de l’ouvrage sont déterminants, plutôt que la langue, qui n’est considérée que comme un véhicule de l’instruction.
Aujourd’hui, la nouvelle direction entend capitaliser les acquis de l’ancienne et adapter progressivement l’institution au projet de BNRM, au niveau de son contenu, de ses moyens, de ses ressources humaines qui seront recyclées par la formation.
Il faudra consacrer un immense effort pour être à la hauteur du projet de modernisation qu’habillera le nouveau siège de la bibliothèque en construction, «pour que le costume soit sur mesure», dit joliment Melle Aziz