Camila Lahmani, la petite fille qui rêvait de cinéma…

La comédienne franco-marocaine Camila Aouatefe Lahmani joue le rôle de Hayat, film attendu du réalisateur Raouf Sebbahi. Fraîchement débarquée sur la scène artistique marocaine, la jeune femme déborde de dynamisme et de bonne volonté.

Dans ses rêves de petite fille, elle a porté des robes à paillettes, enjambé les tapis rouges et gagné des oscars. Et ce, non pas tant pour la célébrité que pour l’amour du cinéma. Camila Aouatefe Lahmani a rêve de devenir actrice depuis ses tendres balbutiements, faisant sourire sa petite famille. En grandissant, ses rêvés se sont transformés en projets, mais loin de susciter l’enthousiasme général, elle a dû y aller seule.

«Je me rappelle d’une soirée avec une amie devant la télévision. Un jeune réalisateur de 23 ans racontait comment il avait réalisé son premier film et ses futurs projets. Devant nos plats chinois, on s’est fait le serment de faire pareil», raconte Camila Lahmani. Pour approcher son rêve, elle a postulé spontanément dans une boîte de production, forte d’une formation à l’académie audiovisuelle de Richard Joffo, pour «passer la serpillière s’il le faut. Tant que j’étais proche des plateaux de tournage pour m’imprégner de l’ambiance et de l’énergie créative».

Pendant six années, elle a officié comme chargée de production et directrice de casting, sans oser sauter le pas pour passer de l’autre côté de la caméra. Lasse d’attendre, elle décida de s’essayer, sans le dire à personne, aux cours Florent. Expérience qui a changé sa vie et l’a remise sur les rails de son rêve.

Le rêve marocain

Si Camila Lahmani doit retenir une date clé dans sa jeune carrière, ce serait celle de sa participation au Festival international du film de Marrakech en 2012. Jamais elle n’aurait eu d’autre occasion de retrouver réunis tous les professionnels du cinéma marocain, dont plusieurs lui ont conseillé de tenter sa chance au Maroc. Elle finissait à peine ses cours à l’école Jean Perimony d’art dramatique, lorsqu’elle débarque à Marrakech.

Sa première expérience ne tarde pas à venir, puisqu’elle joue dans Lignée qui est sélectionné dans la compétition Cinécole du FIFM 2013. Ce fut sa première expérience accomplie en tant qu’actrice, elle qui avait fait quelques courts métrages amateurs en France. «Je me rappelle pour l’anecdote que ma grand-mère m’avait dit : ‘‘J’aurais préféré te voir jouer un rôle de femme puissante, plutôt que celle d’une petite bonne’’. Je pense qu’on ne me prenait pas encore au sérieux en tant qu’actrice», se souvient la jeune femme.

En 2013 à peine, Camila joue dans trois films dont un sélectionné au FIFM 2014, dans la catégorie «Coup de cœur». Et allant crescendo, elle joue dans six autres films en 2015, entre Paris, Londres et le Maroc. Le court métrage Amal, réalisé par Aida Senna, a  fait beaucoup de festivals internationaux comme Seattle, Clermont-Ferrand, Rabat. Je suis particulièrement fière d’avoir travaillé avec Aida sur ce court métrage.

Mais c’est Raouf Sebbahi qui donne à Camila le premier rôle dans un long métrage. Hayat, dont la sortie est prévue incessamment, a donné à l’actrice la chance inestimable de démontrer son talent, ainsi que celle de découvrir le Maroc grâce aux différents déplacements sur les lieux de tournage.

Touche-à-tout

Si la jeune actrice vit son «retour» au pays de ses origines comme une merveilleuse aventure, elle n’est pas inconsciente de la difficulté de sa position de binationale. «J’ai fui la France pour ne pas être cantonnée dans cette case de binationale. Mais j’étais ulcérée de constater que même ici, on me considérait un peu comme une étrangère. Y en a qui pensaient que je ne parlais même pas darija», s’étonne l’actrice. Et d’ajouter : «Cela m’a pris du temps pour m’accepter et de décider de m’imposer telle que j’étais réellement».  Ce n’est pas pour autant que l’actrice abandonne l’idée de jouer en France. «J’ai grandi en France, j’y ai fait mes études de théâtre. Evidemment que j’aimerais jouer dans le cinéma en France. Ou même  ailleurs. Je pense que le cinéma n’a pas de nationalité».

En attendant de jouer avec des réalisateurs qui la font rêver, un Faouzi Bensaidi ou une Narjiss Nejjar, Camila ne reste pas les bras croisés. Elle écrit ses propres scénarios qu’elle tourne avec des amis, en capsules humoristiques sur youtube ou en courts-métrages sur vidéo. Sa première expérience de réalisation a été couronnée par une sélection au Festival Nikon 2017. Si son film Rose remporte l’un des prix. Au mois de février, elle aura l’occasion de le diffuser dans les cinémas de France et sur Canal+. Elle ne chôme pas, en attendant Godot. «Je termine l’écriture sur une websérie, sur une Franco-marocaine qui débarque au Maroc et qui raconte son vécu», confie-t-elle avec malice…