Bouanani n’est plus, mais son empreinte culturelle reste indélébile

Il est mort à  l’à¢ge de 73 ans laissant une Å“uvre cinématographique et littéraire abondante.

Il est mort seul à Aït Oumghar à quelques kilomètres de Demnate. Il est mort dans le silence qu’il cultive depuis des années. Il est mort dimanche 6 février et enterré deux jours plus tard dans sa ville natale, Casablanca.  Ceux qui ont connu Ahmed Bouanani, le cinéaste, l’écrivain, le poète, parlent de lui depuis quelques années déjà au passé. L’homme s’est retiré de la brutalité du monde, après avoir presque tout perdu lors de l’incendie qui a ravagé sa maison à Rabat. Dans sa retraite, Bouanani recevait régulièrement un visiteur, un autre cinéaste, bien plus jeune mais tout aussi entêté. Ali Essasfi, le documentariste s’est rapproché du pionnier et prépare depuis deux ans un film sur le parcours de son aîné en collaboration avec la fille du réalisateur, Touda Bouanani. Les carrières, romanesque, cinématographique de l’artiste sont autant de révoltes vécues, seul. «Mes yeux ivres d’infinis et mon petit cœur égoïste fuyant la peur quotidienne des hommes et leurs angoisses…», écrit-il dans son magnifique roman, l’Hôpital, d’un réalisme bouleversant, d’un détachement déconcertant. Bouanani a laissé toutes les inquiétudes de ce monde à ceux qui veulent bien les porter. Il vécut, viscéral, passionné, révolté. Il nous laisse une œuvre abondante : courts-métrages (Les quatre sources, 6 et 12), recueils de poésie et  de prose (Photogrammes, Les persiennes). On lui reconnaît un seul long-métrage. Assarabe (Mirage). Pourtant il en a fait un autre. «Mémoire 14 était un long-métrage, que la censure de l’époque a réduit en un 24 minutes», explique Essafi. Bouanani a laissé beaucoup d’œuvres inédites, telle Une histoire du cinéma au Maroc, un long manuscrit qu’un éditeur marocain avait refusé de publier arguant que cela n’intéresserait personne. «Une œuvre très fouillée», témoigne Ali Essafi qui eut l’occasion de lire le texte.
Le cinéaste a marqué de son empreinte l’œuvre Ouachma et pas seulement au niveau du montage mais aussi au niveau de la réalisation. Au cimetière Errahma, on a enterré Ahmed Bouanani et un pan du cinéma marocain.