«Visa for music» : musiciens du Sud, unissez-vous !

Les professionnels de la filière musicale ont tenu leur première grand-messe du 12 au 15 novembre à  Rabat n Une plateforme d’échanges inédite sous nos cieux, ponctuée de concerts inoubliables.

Rabat a vibré aux sons les plus éclectiques, pendant les quatre jours qu’a duré le salon des musiques d’Afrique et du Moyen-Orient. Parmi les concerts les plus mémorables, celui du groupe libanais de rock alternatif Mashrou’ Leïla, accueilli par les ovations et même les hurlements stridents de jeunes fans survoltés. Menés par Hamed Sinno, le chanteur à la voix lancinante et au falsetto parfait, emportés par un tourbillon de guitares fébriles et de violons envoûtants, les inclassables et irrévérencieux garçons ont livré une belle performance, enchaînant leurs chansons les plus emblématiques : Lel Watan, Skandar Maâlouf, Shim El Yasmine ou encore Sawsan. «Cher Rabat, merci pour cette magnifique première fois. Appelle-moi de temps en temps, Ok ?», a susurré le groupe sur sa page Facebook, au lendemain du concert. Un statut fiévreusement commenté par des fans marocains qui en redemandaient : «Magnifique nuit !» «Revenez vite !»

Loin des têtes d’affiche, les participants à Visa for Music ont découvert avec émerveillement de singulières pépites musicales, comme celles semées par le groupe franco-marocain N3rdistan. Des sons électro qui se mêlent savamment à la poésie de Mahmoud Darwich et de Nizar Qabbani, cela donne un résultat assez déconcertant, vaporeux, hors du commun. Signalons aussi le groupe Al Qantara, une incroyable fusion latino-africaine jaillie de la rencontre lors d’une édition de Timitar à Agadir d’un jazzman brésilien et de musiciens marocains au répertoire chamarré, beau maillage de musiques amazighes, gnawas et arabes. Et la liste de ces heureuses révélations musicales est longue. Visa for Music a le mérite d’avoir montré au grand jour l’immense et rafraîchissante diversité des musiques d’Afrique et du Moyen-Orient, un pan de la création hélas escamoté par la culture dominante.

Autre pari réussi pour cet événement, rassembler les artistes et professionnels de la région, les faire se rencontrer, débattre de leur art et de leurs conditions de travail, nouer des partenariats, encourager la mobilité entre les artistes d’Afrique et du Moyen-Orient, leur offrir la visibilité internationale qui leur fait tant défaut. Un premier pas non négligeable vers la structuration de la filière musicale dans la région.