Anfass : un «Automne» au goût de la victoire

La troupe de théâtre marocaine Anfass vient d’être couronnée à la 9e édition du Festival de théâtre arabe qui a eu lieu à Oran et Mostaghanem, en Algérie. La pièce, mise en scène par Asmaa Houri, raconte le combat d’une femme contre le cancer.

Ils étaient loin d’imaginer que la victoire allait être marocaine. Durant les dix jours du festival, du 10 au 19 janvier, près de 550 professionnels issus de différents pays arabes sont montés sur les planches pour faire leur théâtre. Au menu de la manifestation, une trentaine de représentations théâtrales ont été programmées, avec huit en compétition pour obtenir le prestigieux Grand prix Soltane Ben Mohamed El Kassim.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la compétition fut rude. Avec des pièces représentant des pays aux grandes traditions théâtrales, Automne, de la troupe marocaine Anfass, avait de la concurrence. En effet, l’Algérie a été représentée avec Thoulth el Khali de Tounès Aït Ali représentant le Théâtre régional de Batna, l’Egypte avec La potion magique du bonheur de Chadi Dali, le Koweït avec La tour d’Ali Hocini, l’Irak avec Ô! Dieu de Mustapha Rakabi, le Maroc encore avec Tout sur mon père de Bousselham Dhaïf, la Tunisie avec La révolution de Don Quichotte de Walid Daghsani et la Jordanie avec Les noces sauvages d’Abdelkrim El-Djarrah. Et pourtant la pièce a séduit le jury et les médias algériens qui n’ont pas tari d’éloges sur l’œuvre, en soulignant la profondeur de la thématique et la finesse de son traitement.

L’automne d’une vie

Derrière Automne, il y a d’abord un texte de Fatima Houri, sœur défunte d’Asmaa Houri. Un texte douloureux et profond, en partie autobiographique, dont l’adaptation a mis en évidence toute la souffrance d’une femme aux prises avec le cancer. Il y a en effet la souffrance de la femme qui voit s’effeuiller sa féminité, mais également celle d’une âme de plus en plus esseulée et rejetée. Le cancer se mue alors en une symbolique du mal qui ronge la société et qui peut prendre des formes diverses : drogue, prostitution, corruption, intégrisme… La pièce Automne a surtout séduit par son décor minimaliste, son économie des mots et des mouvements et un jeu de comédienne au crâne rasé qui, malgré le sujet douloureux, rend hommage à la vie et à l’amour.

L’on ne peut qu’applaudir Asmae Houri pour cette prouesse et cette consécration. La comédienne et metteur en scène, titulaire d’un diplôme en “Cultural studies” de l’Université de Stokholm et d’un master en “Science du théâtre” de la même université, a forgé son expérience théâtrale au Maroc et en Suède où elle a joué dans plusieurs spectacles, notamment sous la direction de Peter Oskarsson. Grâce au «World project theater», elle a bénéficié de plusieurs voyages d’étude et de recherches à travers le monde.

En 2010, elle crée la compagnie «Théâtre Anfass», avec Rachid Bromi et Issam El Yousfi. Elle met en scène dans ce cadre 4:48 Psychose de Sarah Kane, Nta houa d’Ariel Dorfman sur une adaptation de Rachid Bromi, Larmes de khôl de Issam El Yousfi, Hiver de Jon Fosse et The spirit level on stage en collaboration avec la campagnie suédoise Jordbro VarldsOrkester.