Andalussyat 2014 : à  la recherche des Noubas perdues

Du 3 au 6 décembre à  Rabat, El-Jadida et Casablanca, Andalussyat revient avec une onzième édition des plus mélodieuses. Au programme, des concerts de musiques andalouses mà¢tinés de flamenco ou encore de fado portugais.

Pour les férus de musique arabo-andalouse, le chiffre onze est important, du moins au Maroc: du cycle de vingt-quatre noubates autrefois introduites en Andalousie par l’Irakien Abou-al-Hassan (ou Zyriab, pour les néophytes), il ne subsiste, d’après l’école marocaine, que onze compositions musicales inaltérées. Nos voisins algériens, tunisiens et libyens ne sont pas vraiment de cet avis – pour eux, il demeure respectivement 16, 13 et 8 noubates intactes – mais qu’importe ! Andalussyat se déroule, après tout, en majeure partie au Maroc. Célébrons donc nos onze noubates lors de cette symbolique onzième édition…
Qui a d’ores et déjà commencé, figurez-vous ! Mais à Paris et à Dubaï, les 7, 8 et 27 novembre derniers. Le festival organisé par la très dynamique association des amateurs de la musique andalouse du Maroc prend une tournure internationale, se réjouit Mouad Jamaï, le président fondateur de l’association. «Cette année, notre festival couvre, en effet, trois continents, trois pays et … trois villes marocaines», s’enorgueillit-il, décidément porté sur la symbolique des chiffres.

Pour ce mélomane, ce succès est à attribuer à la volonté d’ouverture de l’association «à la fois sur la jeunesse et sur d’autres couleurs musicales proches du répertoire andalou telles que le flamenco, le fado et d’autres encore». Il est vrai qu’on ne peut pas, chez nous, qualifier les adeptes de la musique arabo-andalouse d’hermétiques, surtout depuis que la chorale de Dar Al Ala réunit régulièrement, au quartier des Habous de Casablanca, de jeunes écoliers de tous bords, pour leur transmettre la «ferveur» et «l’émotion» que procure cette musique.

Une jeune formation qui ne rate d’ailleurs aucune édition d’Andalussyat depuis sa création en 2010. Si vous suivez leur évolution de près ou si vous désirez découvrir leur remarquable travail dirigé par le professeur Abdelhamid Es-Sbai, ils donneront un concert le vendredi 5 décembre au Mégarama de Casablanca, une fusion avec l’orchestre du maître Mohamed Otmani. Une soirée durant laquelle vous savourerez aussi un concert de l’orchestre Chabab de Tétouan du maître Fahd Benkirane ainsi qu’un beau spectacle de flamenco savamment mêlé à du Melhoun.

À Rabat, les festivités commencent plus tôt, le 3 décembre, plus précisément, au théâtre Mohammed V où résonnera l’ensemble maghrébin de musique andalouse, avec la participation de l’ensemble de Dar Al Ala accompagné des Chabab Monastir de Tunisie et de Dar Al Gharnatia de Koléa en Algérie. Quant à El Jadida, elle aura droit à l’orchestre tétouanais Mohamed Larbi Temsamani le jeudi 4 décembre au théâtre Afifi et carrément à un concert de clôture au Mazagan fourmillant de têtes d’affiche, j’ai nommé: maître Mohamed Briouel dirigeant l’orchestre Abdelkrim Rais, Abderrahim Souiri, Aziz Alami, Ahmed Merbouh ou encore Asmaa Lamnouer. «Notre association peut être fière du travail accompli», exulte Mouad Jamaï, et pour cause : créée dès 1958, cette structure peut se targuer d’avoir organisé dix éditions d’un festival qui a drainé plus de 100 000 mélomanes et d’avoir fondé le Musée de la musique andalouse de Fès ainsi que Dar Al Ala à Casablanca. Autres arguments à son actif, l’important travail de vulgarisation destiné aux jeunes, par le biais notamment d’un portail Internet très documenté : la-musique-andalouse.com et la préservation de cet art séculaire à travers plus de 180 heures de précieux enregistrements. Il reste, cela dit, beaucoup de choses à accomplir, affirme l’association, comme «la mise en réseau des différentes associations nationales, l’adaptation de cette musique aux modes de vie et d’écoute actuels et la recherche des noubas perdues».