«My Land»… mémoire d’une terre

Tandis que «Les chevaux de Dieu» font toujours leur chemin, la dernière réalisation de Nabil Ayouch nous emmène au centre du conflit israélo-palestinien. «My Land» est un film documentaire sur la mémoire.

De toutes les réalisations qui ont abordé l’épineux conflit israélo-palestinien, My land est probablement l’un des rares films à avoir franchi la frontière vers l’autre camp. Derrière cette volonté de creuser au cœur de la discorde, une histoire personnelle. Une double identité portée par un enfant né d’une mère juive franco-tunisienne et d’un père musulman marocain. «Ce conflit ne m’a jamais quitté. Il a forgé ma conscience politique. Il a éveillé ma capacité de révolte. (…) J’ai longtemps boycotté Israël», c’est en ces mots que le réalisateur Nabil Ayouch s’exprime au tout début du film. Mais malgré une conscience inaltérable de l’injustice faite au peuple palestinien, des interrogations sur l’autre peuple demeuraient sans réponses. Il est donc parti les chercher sur place : «Aujourd’hui, je reste convaincu que l’injustice que subit le peuple palestinien est immense. Mais, entre-temps, j’ai franchi le pas», continue-t-il en voix off.

Des ombres du passé…

Dans son film, Nabil Ayouch donne la parole à des exilés palestiniens forcés de fuir leurs villages en 1948, pour s’installer dans des camps de fortune au Liban. Interpellés au sujet de leurs origines, de leurs terres et de leur départ, ils se livrent sans réserve. Il s’est passé une éternité depuis… Les larmes ont certes séché, mais le souvenir demeure vif. Dignes et orgueilleux, ils racontent les circonstances de leur fuite en 1948, partageant des détails déchirants de ce périple douloureux vers l’inconnu. Dans leur imaginaire, leurs terres demeurent belles et fertiles. La Palestine, c’est aussi un paradis dans les fantasmes d’une descendance en mal d’intégration dans une terre d’accueil très peu hospitalière.
Nabil Ayouch emporte, ensuite, leurs images dans ses malles pour aller à la rencontre de jeunes Israéliens nés, longtemps après, dans ces mêmes villages. La question sur leur rapport à la terre qui les a vus naître leur semble innocente et leurs réponses ne laissent pas planer l’ombre d’un doute sur leur attachement et leur fierté d’être là où ils sont au moment présent. Le réalisateur les interroge, alors, sur les populations qui les ont précédés sur cette terre, suscitant chez certains d’entre eux des interrogations qu’ils ne se sont probablement jamais posées. Bien que leurs avis divergent au sujet du conflit, la plupart de ces jeunes ignorent totalement ce qu’il est advenu des anciens habitants des villages, estimant qu’ils ont tourné la page et recommencé une autre vie ailleurs.

Un retour possible

Et lorsque Nabil Ayouch leur propose de visionner, sur un ordinateur, les interviews qu’il a faites avec ces Palestiniens, les jeunes Israéliens cèdent tous à la curiosité de découvrir le visage de l’autre… pour se retrouver face à face avec des ombres du passé. Si les mots manquent souvent pour exprimer leurs opinions, les images sont très parlantes, le silence crie un certain malaise face à l’évidente injustice.

Si le retour au paradis scintille, du côté palestinien, comme la lumière au bout de l’interminable tunnel, l’espoir de l’atteindre s’amoindrit. Au fil des ans, il s’est transformé en idée fixe chez une génération née sans-papiers, réfugiée en marge d’une société peu encline à les adopter. On en parle, sans trop y croire.
De l’autre côté de la frontière, le film rend compte d’une diversité de points de vue que l’on ne soupçonne pas. La caméra du réalisateur se déplace entre ceux réconfortés dans l’idée qu’il n’y a pas de retour possible pour l’autre et ceux qui estiment qu’il y a assez de place pour tout le monde.
Inutile d’attendre la happy-end. Elle ne viendra pas. Mais le film aura réussi à permettre un dialogue jusqu’ici totalement impossible.