Amina Benbouchta, «chorégraphe» du pinceau

Jusqu’au 23 mai se déploie l’exposition de Amina Benbouchta à l’espace Souffle, à Casablanca.
Intitulée sobrement «Œuvres», cette exposition montre toute la subtilité et la concision de l’œuvre de l’artiste.

Ce qui révèle la profonde singularité de Amina Benbouchta, c’est son refus d’écumer les cimaises et d’exhiber ses œuvres à la moindre occasion. Elle serait même coupable d’éclipses déroutantes, suivies de réapparitions diffuses. En des lieux confidentiels, ennemis du clinquant, entichés de la belle œuvre.

C’est ainsi qu’après avoir illuminé la peu tonitruante galerie du Rê, à Marrakech, l’artiste a choisi l’espace Souffle, nouveau venu sur la scène casablancaise pour son exposition «Œuvres», qui se déroulera jusqu’au 23 mai.

De l’anthropologie, elle passe à la lithographie puis à la peinture
Il ne faut pas croire que Benbouchta soit du genre à conserver ses toiles sous le boisseau, dans un quelconque esprit de lucre. L’artiste en ressentirait un infamant outrage. Ce qu’elle désire avant tout, c’est de prendre son temps, de s’offrir des années de silence, pour donner aux amoureux de l’art la chance d’un fruit mûr.

Et à prendre en témoin ses derniers tableaux, il n’y a pas lieu de faire la fine bouche. Loin s’en faut, tant Benbouchta, qu’on a oublié, par distraction, de voir grandir, semble avoir atteint les rivages de la maturité, quand nombre de ses pairs demeurent bizarrement immatures.

Sourire tantôt triste tantôt radieux, minois parfois las parfois réjoui, humeur changeante au gré des intempéries ou de la sérénité d’un paysage intérieur qu’on devine ondoyant, Amina Benbouchta est insaisissable. Et se revendique en tant que telle. A l’image de son parcours tortueux, qui l’a menée de l’anthropologie, à la lithographie, puis à la peinture, aux charmes de laquelle elle succombe sans retenue, mais avec une ferveur telle qu’elle est devenue, peu de temps après son rite initiatique, une artiste d’envergure.

Amina Benbouchta n’est ni une renversante minaudeuse, ni une peintre brisée, ni une bohème souffreteuse. Elle est certainement fragile. Mais elle a su tirer parti de sa faiblesse pour composer une œuvre sublime, rebelle à toute étiquette la cantonnant dans un registre ou un autre, mais éclatante d’un lyrisme «ascétique», de rythme entraînant et de couleurs à la fois douces et virevoltantes.

Pour se délecter de cette gourmande alchimie, rien de tel qu’une contemplation des œuvres de Benbouchta, qui «dansent sur la scène du lieu la dernière chorégraphie de leurs signes subtils, élémentaires, concis, plus que jamais maîtrisés dans leurs territoires matriciels», selon la formule de la critique d’art Christe Jhelil.