«Mawazine est un festival pour tous les Marocains»

Entretien avec Aziz Daki, directeur artistique chargé de la programmation internationale et porte-parole du Festival Mawazine Rythmes du monde.

Dites -nous à chaud quelles sont vos impressions sur la 14e édition de Mawazine ?

C’est de loin la plus belle des éditions du Festival Mawazine Rythmes du monde. La plus accomplie aussi. De l’avis même des spécialistes internationaux du live, nous avons eu l’une des plus belles programmations au monde. Avec un public sublime venu en masse et toutes ces stars réunies pour un même événement. Des artistes très généreux qui ont donné le meilleur d’eux-mêmes, tant ils étaient grisés par l’accueil que leur a réservé le public marocain. Il faudrait voir leurs retours sur les réseaux sociaux…

En effet, nous avons eu de très belles déclarations d’amour par de grands artistes : les tweets de J-Lo, les photos d’Avicii ou les vidéos d’Usher… Qu’est-ce que cela vaut en termes d’impact sur l’image du Maroc et avez-vous recours à quelque moyen de médiamétrie pour évaluer cela?

D’abord, je tiens à préciser que nous n’y sommes absolument pour rien, contrairement à ce que l’on peut croire. Chaque artiste a partagé spontanément ses sentiments du moment par rapport à une expérience unique. Nous ne pouvons que nous féliciter de l’impact que cela peut avoir sur le Maroc et sur son image à l’international, car ces artistes sont suivis par des millions de personnes de par le monde. Ils jouissent d’une popularité hors norme et d’une grande crédibilité qui leur confèrent un immense pouvoir d’influence.
Ce qui est excellent pour le Maroc compte tenu des retours fort positifs de ces artistes. À Maroc cultures, nous sommes en train de travailler sur des outils pour évaluer cet impact-là de manière plus pointue.

Autrement intéressante, la 14e édition de Mawazine nous a gratifiés d’un tollé lié à la tenue de Jennifer Lopez, puis du message anti-homophobie de Stefan Olsdal de Placebo (ce qui reste tout de même moins tapageur que leurs frasques habituelles sur scène). Est-ce que Mawazine négocie une certaine «retenue» sur scène, en raison des «spécificités culturelles locales»?

Nous envoyons à tous les artistes un statement qui explique la nature du pays, la culture locale et le code vestimentaire. Et si l’on a l’habitude de voir les spectacles sur les chaînes étrangères, la différence est aisément notable, notamment en matière de vidéos projetées pendant les concerts. Cela dit, il faut prendre en compte le fait que la scène est un espace qui a des exigences particulières, dont l’accoutrement, au même titre que le sport par exemple…
Le monde du spectacle est une aire spécifique qui a ses propres lois, définies à l’intérieur du périmètre de la scène. Un costume de spectacle choquerait s’il était exhibé dans la vie courante. Maintenant, par rapport à Placebo, je réprouve l’attitude du bassiste Stefan Olsdal. Je ne cautionne pas qu’on utilise la scène de Mawazine pour faire passer des messages autres qu’artistiques.

Il y a eu une certaine animosité, du coup, à l’égard de Mawazine. Y voyez-vous une réaction normale ou une machination malveillante?

Pas de commentaire là-dessus. Pour toute réponse, je dirais que Mawazine a attiré plus de 2,65 millions de spectateurs sur les différentes scènes. C’est un succès aux normes universelles. Le public était au rendez-vous pendant les neuf jours du festival, sans distinction d’âge, de classe sociale ou culturelle. Ce n’est pas un festival pour une élite. Je ne rappellerai jamais assez que 90% des scènes sont gratuites et accessibles à tout le monde. Dans chacune des scènes se notait cette diversité qui fait la beauté et l’unicité du Maroc pluriel que nous chérissons. Cela en fait un festival pour tous les Marocains.