Ahmed Tayeb El Alj n’est pas mort

La fondation Ahmed Tayeb El Alj a commémoré, le 6 mars courant, le deuxième anniversaire du décès du poète à  la Salle 8 du complexe Megarama de Casablanca. De grands noms de la chanson marocaine étaient de la fête.

Un public mélomane, nostalgique et passionné de la chanson marocaine s’est rendu au Megarama pour la deuxième rencontre artistique organisée en souvenir de la disparition du poète et dramaturge Ahmed Tayeb El Alj.

Le verbe agile et la verve à fleur de peau, le poète a séduit les plus grands artistes du Royaume. «Tous les compositeurs connus sans exception, tous les illustres chanteurs ont au moins un texte de lui», affirme Hassan El Alj, fils de l’artiste et président de la fondation. Un grand nombre d’entre eux étaient aux premières rangées de la salle, lorsqu’ils n’ont pas pris part au spectacle.

L’événement du 6 mars a eu le mérite de rappeler que le défunt fut l’auteur des plus beaux succès de la chanson marocaine pendant plus d’un demi-siècle. Des textes inoubliables qui ont enrichi le patrimoine du grand Abdelouhab Doukali, celui-ci a choisi de chanter Ellil w Enjoum que le défunt aurait écrit d’un seul jet, devant ses yeux, lors d’une nuit particulièrement étoilée. Yassine Jebli, candidat actuel de The Voice France, a emprunté à l’artiste sa chanson Aji netsalmou qu’il a interprétée avec entrain.

Mahmoud El Idrissi était également présent avec sa belle voix qui n’a pas perdu sa force en interprétant Ya hal ya tara yaoud.
Latifa Raafat, elle, pour qui la chanson Khoyi a été un réel catalyseur de son succès, mais une véritable torture depuis le décès de son frère, a préféré chanter Jari ya jari de Naïma Samih.

Ce n’est qu’un début

On aurait regretté la pyramide Abdelhadi Belkhayat, si la relève n’avait pas été assurée par le jeune Mouhcine Roussadi qui a interprété Ma taqchi bia ou le grand Fouad Zbadi qui a magnifié Hdani sortou. L’artiste se rappellera en off qu’il aurait demandé un jour à Ahmed Tayeb El Alj s’il connaissait l’auteur d’une chanson qui lui avait plu. Le poète répondit avec malice qu’il n’y avait pas besoin de demander car toutes les perles étaient de lui.

Si le public en fut largement satisfait, le spectacle organisé par la fondation n’est qu’un début d’une série d’activités à venir. «Pour nous, ce n’est pas un accomplissement mais un début. Car, dans le paysage audiovisuel marocain, nous estimons qu’il y a beaucoup de choses à faire. Surtout que le défunt a laissé un impressionnant patrimoine artistique, tant au niveau de la musique que du théâtre», explique Hassan El Alj. Par l’organisation de cette festivité qui correspond à la commémoration du deuxième anniversaire du décès du défunt, la fondation compte rendre un hommage à cet héritage artistique et d’essayer de créer une passerelle entre les artistes de prou du paysage artistique marocain et la jeune génération.

«Nous pensons qu’il y a énormément de choses à faire à ce propos. Je voudrais souligner qu’il y a des chansons qui ont survécu pendant cinq à six décennies et qui sont encore chantées aujourd’hui avec autant de passion et d’authenticité. Nous espérons, par ce genre d’activités, de remettre ce patrimoine au goût de la jeunesse», explique le président de la fondation. Mais bien davantage que le patrimoine connu de tous, Hassan El Alj nous dévoile des trésors encore cachés : «Tout le monde sait peut être qu’en six décennies, Ahmed Tayeb El Alj a écrit plus de 300 chansons composées par les plus grands compositeurs marocains. Mais beaucoup ignorent qu’il en a laissé 350 autres qui n’ont jamais été mises en musique, ce qui est énorme». Parmi celles-ci, la chanson Erabie (le printemps) que Mamoun El Alj, autre fils du poète, a interprété lors de l’événement.