«DM» éblouit avec «Caftan sur Seine»

Organisé à  Paris samedi 28 octobre dernier par le magazine «Du Maroc», à  l’occasion de son
lancement officiel, «Caftan du Maroc» a enchanté le Carrousel du Louvre où il a été hébergé.
Neuf stylistes qui se sont transcendés au grand bonheur des 500 invités qui leur
ont fait une ovation monstre.

Paris, samedi 28 octobre. Il est 20 heures, mais déjà  les alentours de la salle des défilés du prestigieux Carrousel du Louvre sont pris d’assaut. Les préposées à  la réception ne savent plus o๠donner de la tête. Quelques heureux brandissent fièrement leur carton d’invitation, comme pour narguer les infortunés qui n’en disposent pas et tiennent à  être de la fête. Tel ce journaliste de France Culture qui remue ciel et terre, en vain. Au milieu du hall, o๠une collation est proposée, trône un salon marocain. Pas un pouf vacant. Tout le gratin marocain semble s’être donné rendez-vous en ce temple de la couture : chefs d’entreprises, publicitaires, banquiers, parfois chaperonnés par leurs épouses arborant une sobre éléganceÂ… Les femmes ont préféré le chic au clinquant, le raffinement à  l’excentricité.

Gratin marocain… et fine fleur française
Le gratin marocain, mais pas seulment…Beaucoup de Français n’ont pas résisté au chant des sirènes caftanien: journalistes installés, fine fleur des médias, figures du showbiz, hommes d’affaires ou notabilités. Certains connaissent le caftan sous toutes les coutures, et le font savoir à  la cantonade ; d’autres se font une joie de le découvrir. «Â“La” caftan, c’est une sorte de djellaba», explique un monsieur d’un certain âge à  sa femme. «On dit un caftan, monsieur, et c’est tout à  fait différent d’une djellaba», le corrige un concitoyen qui a l’air d’en savoir long sur cette turquerie revisitée superbement par le goût marocain. Une discussion s’engage, s’emballe, puis se radoucit quand un pied noir entonne Qaftanak mahloul ya lalla. Si Mohamed Lakhdar, le styliste qu’on ne présente plus se mêle au petit groupe. La coqueluche des podiums semble réjouie de se trouver au Carrousel du Louvre, qui a abrité il y a juste vingt jours les plus éblouissants créateurs de prêt-à -porter. Nous en profiterons pour recueillir ses sentiments. «Evidemment, je suis heureux de présenter ma nouvelle collection en ce lieu mythique o๠défilent les plus grands créateurs. C’était un rêve que je croyais inaccessible, qui se réalise. Alors, je ne peux être qu’heureux. Et j’espère faire honneur à  mon pays». Albert Oiknine, autre grosse cylindrée de la haute couture marocaine, ne cache pas sa joie d’être invité à  si bonne table. «J’ai eu à  maintes reprises l’occasion de défiler à  Paris, dit-il, mais le faire au Carrousel du Louvre a une saveur particulière. Cela signifie que nous pouvons désormais jouer dans la cour des grands. Je pense que nous sommes sur le bon chemin grâce à  notre identité culturelle. La faire partager à  des gens d’une autre culture est une faveur insigne».

Ils sont neuf stylistes à  avoir tapé dans l’Å“il du comité de sélection. Une consécration dont ils veulent se montrer dignes. Aussi ont-ils mis du cÅ“ur à  l’ouvrage, remis vingt fois sur le métier, selon leur propre aveu. Sur les visages d’ Amina Benmoussa, Lamia Lakhsassi ou Nabil Dahani se lit cette volonté d’étonner. Ils sont impatients d’entrer dans l’arène, autant que les quelque 500 invités qui mijotent sous les spots du Carrousel, une flûte de champagne à  la main, le sont de pouvoir les admirer. A 21h50, c’est la délivrance. Barbara Layachi, mannequin au long cours, en caftan qui souligne sa belle plastique, décline le menu des réjouissances. A un moment, elle s’emmêle les jolies pédales, bute sur des noms, en rit, le public s’esclaffe. Une sacrée ambiance ! Que rien ne viendra assombrir, tant les stylistes présenteront des tenues de rêve. Au point qu’à  l’issue du défilé, les invités interrogés auront du mal à  nous confier leurs coups de cÅ“ur. «C’est la première fois que j’assiste à  un défilé de caftans. J’en sors franchement enchantée. Le vêtement en soi a un formidable cachet, il est rehaussé par le talent impressionnant des stylistes marocains», s’enthousiasme une dame française.

C’est à  Si Mohamed Lakhdar qu’échoit l’honneur d’ouvrir le bal. Surfant sur la vague gothique et privilégiant les tons sombres, il a fait sensation, lors de la Xe édition de «Caftan» à  Marrakech.

Mais en la circonstance parisienne, ce féru de brocart change de cap. Il nous en a auparavant prévenus. «C’est une collection totalement inédite que je présenterai, précise-t-il. Il y aura toujours la patte Si Mohamed Lakhdar, mais modulée dans un sens européen». A l’épreuve, il a prouvé une fois de plus son inclination pour le mélange complexe de séduction fragile et de mâle assurance. Dans des gris ou des noirs parfois mêlés de blanc, ses caftans en tweed, velours ou chevron, associés à  des kmis, des tuniques ou des blouses, font des gammes autour d’un thème unique : Lady Dandy. Le public est séduit.
Il sera conquis par Albert Oiknine qui, d’emblée, affiche sa marocanité, par le biais d’une gandoura immense illuminée par les couleurs du Maroc. Il nous avait déjà  fait le coup, à  Marrakech, à  l’occasion du cinquantenaire de l’indépendance du Maroc, mais on ne s’en lasse pas. Le public applaudit à  tout rompre et ne cessera de le faire à  chaque tableau. Confort, élégance, justesse des coupes sont les maà®tres mots de la collection parisienne d’Albert Oiknine. Il a imaginé des modèles taillés sur mesure pour femme, marocaine ou européenne, active.

Une femme de rêve portant une tenue d’une collection intitulée «Rêve de femme». «La chaleur et les sourires de mon pays, l’effervescence et le chic de Paname se sont mélangés dans ma tête, m’ont enivré et inspiré cette nouvelle collection», disait Nabil Dahani. Et pour le prouver, il nous offre une succession de caftans moulés à  souhait, auxquels les tons roses confèrent un glamour surprenant.

La «Dolce Vita» mijotée par Dahab Ben Aboud est proprement soyeuse. On s’y coule avec délices. Amante du brocart et du velours, la styliste met en scène des femmes sensuelles qui prisent les caftans à  manches, égayés de ceintures brodées en argent. A l’applaudimètre, Dahab Ben Aboud a remporté bien des suffrages. Elle ne fera pas exception…

Lamia Lakhsassi, elle non plus, ne passe pas inaperçue, avec ses gilets en velours, ou ses caftans, parfois ouverts, du même tissu. En restant fidèle à  son pari, des tenues brodées main de bout en bout, et en confirmant sa virtuosité en matière de couleur, cette styliste autodidacte a démontré qu’elle a l’étoffe d’une immense créatrice. On peut en dire autant de Zineb Lyoubi Idrissi. Prestidigitatrice de l’élégance, de la coupe parfaite et des belles étoffes, cette jeune styliste (elle a à  peine 23 ans) étonne son monde à  chacune de ses apparitions. Là , elle se transcende, grisant nos sens d’une débauche de caftans en brocart de soie, pour hommes et femmes, portés sur des salopettes ou des pantalons.

Enfin, loin des tentations parisiennes, la collection de Kacem Sahl, autre jeune loup au savoir-faire époustouflant, joue une partition inspirée par «Fès l’impériale». Broderies de Fès, tissus (dont le fameux «khrib»), cuivres ciselés (pour les ceintures), passementeries…, remis au goût du jour. L’assistance en est charmée, avant de se laisser fasciner par la prestation de Karim Tassi. Déclinant le thème «Kamar», le styliste convertit le caftan en manteau du soir, serti de plastrons façon maâlem, parfois court et glamour, porté sur des robes d’une fluidité aérienne, comme cette robe en maille de viscose qui ne demande qu’à  virevolter. Amina Benmoussa, elle, aurait pu prendre à  son compte la devise de Nabil Dahani, «J’ai deux amours, mon pays et Paris». Aux deux, elle rend un hommage vibrant, entremêlant les savoir-faire marocain et français, comme dans ce caftan en satin duchesse vert avec broderies r’baties, porté sur un autre en dentelle de Calais. Applaudissements. Encore plus nourris quand se présente son caftan de mariée en brocart vert fleuri.

Le tableau final, auquel prend part le couturier Dominique Sirop, un amoureux du Maroc, est un vrai feu d’artifice. «Caftan» sur Seine a crevé le podium parisien et les médias ne s’y sont pas trompés : TF1, France 2, France 3 ont couvert la manifestation, la première ayant même consacré quelques minutes dans son très regradé bulletin d’infos de 20 heures, dimanche 29 octobre. Côté Maroc, 2M a régalé le public avec une diffusion en prime time, le soir-même, de l’événement… parce que le magazine «DM» «le vaut bien»