«Caftan» s’exhibe à  Paris

Cefa fait dix ans que Caftan illumine rituellement les podiums de Casablanca, ensuite ceux
de Marrakech. Aujourd’hui, il s’envole vers Paris, où il étalera sa flamboyance, le samedi
28 octobre, à  21 h 15, dans l’enceinte du prestigieux Carrousel du Louvre. Eblouissement garanti.

Après dix années d’existence, Caftan, l’événement phare de la haute couture marocaine, ajoute à son riche palmarès une édition parisienne, concoctée spécialement à l’occasion du lancement du nouveau mensuel du groupe Caractères, «DM» (comme Du Maroc), en France (voir détails en page 86). De voir son œuvre, qu’elle a conçue avec une poignée d’ardents rêveurs, se poser, après un long envol, sur les rivages parisiens, comble d’aise Aïcha Zaïmi Sakhri, directrice du pôle féminin du groupe Caractères. «Vu le succès de la Xe édition de Caftan et la maîtrise que le groupe a acquise dans le domaine de l’organisation de cette manifestation, et compte tenu de la qualité de la nouvelle génération de stylistes, nous avons décidé de montrer ce savoir-faire à l’étranger. Nous avons jeté notre dévolu en premier sur Paris qui est, comme chacun sait, la capitale de la mode», nous annonçait-elle il y a trois mois de cela. Propos auxquels font écho ceux tenus par un des maîtres d’œuvre de la parade parisienne, jaloux de son anonymat : «Au fil des ans, Caftan a pris une ampleur telle qu’il est devenu un rendez-vous incontournable. En raison tout d’abord de la haute tenue de ses prestations, ensuite de sa qualité de révélateur de prodigieux talents. Dès lors, le cantonner sur les podiums marocains nous a paru limitatif. Il conviendrait de l’expatrier, de temps à autre, afin de mettre en lumière le savoir-faire de nos stylistes et, par ricochet, fournir une image gratifiante du Maroc, pays à la fois ancré dans ses traditions et ouvert à la modernité».

Six mois de préparatifs avec le concours d’experts français en défilés de mode
Une fois le pompon décroché, il fallait s’apprêter pour le grand jour. Ce ne fut pas sans mal, d’autant que les organisateurs marocains ne faisaient pas cavaliers seuls, la partie parisienne étant forcément impliquée. Affleurèrent les spécificités culturelles, qui se cristallisaient autour de la gestion du temps. «En Europe, tout est prévu longtemps à l’avance, strictement minuté, scrupuleusement chronométré. Chose qui nous avait au départ un peu pris au dépourvu», raconte un organisateur. Se mettre au diapason ou voir le rêve parisien s’envoler. On choisit sagement la meilleure solution. On se réjouissait d’être entourés de personnes blanchies sous le harnais. «En France, organiser un défilé de mode est facile comme bonjour. On fait appel à des gens rompus à ce genre de manifestations. Il n’en manque pas. Alors qu’au Maroc, il s’agit d’une industrie naissante».

Dix stylistes triés sur le volet, 25 mannequins, 2 top models
Malgré ces précieux renforts, les préparatifs ne prirent pas moins de six mois. Les organisateurs avaient à cœur de montrer Caftan sous sa plus belle couture. Aussi tissèrent-ils cette toile avec la patience d’une araignée. Pour le choix des stylistes, un casting dans les règles fut établi. Beaucoup d’appelés, peu d’élus. Dix précisément. Lesquels ? On s’amuse à ne pas éventer ce secret jalousement gardé, manière de nous tenir en haleine. On nous précise juste qu’ils boxent tous dans la catégorie «haute couture» et qu’ils forment le dessus du panier de leur corporation. Pour mettre en valeur leurs tenues, vingt-cinq mannequins emportèrent la conviction d’un jury fortement exigeant. «Le must, le must ou rien», se plaît à répéter Aïcha Zaïmi Sakhri. Enfin, dans le jubilatoire dessein de renforcer l’éclat du défilé, deux top models de grande envergure, nous promet-on, seront de la fête. Laquelle aura lieu au Carrousel du Louvre qui, comme chacun sait, est le Saint des Saints des défilés de mode. «Nous avons été séduits par ce lieu, d’abord parce qu’il est mythique. Ensuite, en raison de sa proximité avec le musée du Louvre. Ce dernier est fréquenté par des visiteurs de diverses nationalités. Nous souhaitons que notre manifestation en attire le plus grand nombre», nous dit un des organisateurs. Avant de se rincer l’œil au spectacle du défilé, le public jouira du décor de la salle, entièrement marocain.

Un spectacle ne pourrait être brillant sans une dose de strass, de paillettes et de mondanités. C’est pourquoi Caftan a tenu à convier à sa table, sans bourse délier, les veinardes, quatre cents personnalités appartenant aux mondes du show-biz, des affaires et des médias. Si vous ne faites pas partie du gratin, vous devrez payer votre place. Il faut s’y prendre tôt. Car il y aura une grande affluence. Consolation pour ceux qui ne pourront faire le voyage jusqu’à Paris : 2M transmettra en direct le défilé, plusieurs chaînes étrangères aussi. Mais regarder ce Caftan accommodé à la sauce parisienne par la petite lucarne reviendra à se contenter de merles à défaut de grives, tant la chère, présentée sur sa nappe, est à la fois riche et délicate, par la grâce de la saveur des ingrédients qui la composent. Depuis des stylistes à l’intelligence imaginative jusqu’au ciel parisien à la couleur indéfinissable, en passant par la démarche aérienne des mannequins et la splendeur toute marocaine des décors. La Ville lumière sera éblouie. Et Caftan aura réalisé un rêve qu’il caressait depuis que son image a commencé à s’imposer. De cette balade parisienne, il tirera prestige et profit symbolique. Ainsi, il reviendra plus mûr, plus inventif, plus imaginatif. Non qu’il ne possède déjà ces dons, mais parce qu’ils seront sûrement exaltés en la circonstance de l’épreuve. Le terme n’est pas fortuit. Même s’ils ont donné la pleine mesure de leur savoir-faire, les organisateurs ne sont pas rassénérés pour autant. Aïcha Zaïmi Sakhri, qui, pourtant, en a vu d’autres, est saisie par le trac, comme un collégien le jour de l’examen. Ce qui est, tous les comédiens le savent, bon signe et favorable augure. C’est tout le mal que nous souhaitons à Caftan.