«Caftan» : cette année, des rockers donneront le tempo

Pour sa douzième exhibition, Caftan change de décor, puisqu’il quitte Agadir pour retourner à  Marrakech, où il s’offre un écrin prestigieux, le Palmeraie Golf Palace. Rendez-vous donc le samedi
3 mai pour une soirée étourdissante de couleurs et de rythme puisque, cette année, les mannequins défileront sur les rythmes d’Elvis Presley, John Lennon, du groupe Queen et autres rockers mythiques.

Vêtement tissé dans l’étoffe des rêves ancestraux, le caftan était un apanage masculin. Il commença à aller comme un gant à l’homme, puis se mit à le gêner aux entournures. Alors, il le remisa au magasin des vieux accessoires. La femme l’en exhuma, le dépoussiéra et le tailla selon le bon plaisir des mâles sourcilleux. D’où cette tenue ample et informe, qui ne laissait rien entrevoir ni suggérer de la plastique de la femme. Celle-ci semblait y emballer son corps plutôt qu’elle ne la portait.

Une génération de créateurs audacieux a jeté aux orties le caftan-carcan de nos grands-mères
Le mitan des années quatre-vingts du siècle dernier est marqué par l’explosion d’une poignée de créateurs sur la scène de la mode, mus par la volonté de bousculer le dogme du caftan-carcan. Première sur le pont: Tamy Tazy. La virtuose du caftan eut la fulgurante audace d’imaginer une tenue rendant son corps à la femme.

Les orthodoxes s’en offusquèrent, les gardiens de la vertu en ressentirent de l’urticaire, les avant-gardistes s’en engouèrent. Dans le sillage de leur aînée, ces derniers abandonnèrent la coupe sévère au profit d’une allure fière et énergique, gaie et sensuelle. Avec eux, le dos, le décolleté et les hanches sortirent de l’ombre, le tissu étreignit la peau. En substance, le caftan new look coïncidait avec une nouvelle manière de vivre, de bouger, de courir, d’affirmer son corps.

Réactif à l’air du temps, le magazine féminin Femmes du Maroc, à peine éclos, porta un considérable intérêt à cette révolution du caftan. Au point de lui concocter une parade annuelle. «Nous tenions à accompagner pour la stimuler la profonde mutation de ce vêtement longtemps cadenassé dans les plis d’un autre âge. D’année en année, il évolue, change, se transforme.

Il convient, par conséquent, d’en afficher les tendances, de les révêler au grand jour. C’est ce que nous faisons à travers Caftan, ce rendez-vous annuel de la haute couture marocaine et orientale», affirme Aïcha Zaïmi Sakhri, directrice responsable de la publication de Femmes du Maroc et grande prêtresse de Caftan.

Des moyens insuffisants n’ont pas empêché le succès de Caftan de se vérifier d’année en année
Préparée dans une fièvre compréhensible, la première édition de Caftan, en 1996, au Hyatt Regency de Casablanca, obtint un succès d’estime inattendu, à défaut d’enflammer les dizaines de spectateurs venus moins par conviction que par curiosité. Mais les fleurs étaient là, belles et odorantes, il fallait les convertir en fruits goûteux, c’est dans ce dessein que l’équipe organisationnelle remit vingt fois l’ouvrage sur le métier.

Avec bonheur. De saison en saison, la manifestation prit de l’ampleur, devint très courue. Sans jamais se mirer dans la glace de sa suffisance. Mais toujours soucieuse d’honorer son rang en mettant tous les atouts de son côté : présence de grosses pointures du stylisme, sélection sévère des créateurs, mise en lumière de talents prometteurs.

Aujourd’hui, Caftan arbore, sans les accuser, douze ans d’âge. Une longévité qui force le respect, quand on sait que les manifestations autour de la mode, souvent, sont emportées par les caprices de celle-ci. Le secret en est lié, selon Aïcha Zaïmi Sakhri, à trois déterminants : la foi dont est pétrie l’équipe qui veille à la préparation de l’événement, l’accueil enthousiaste du public et l’ingéniosité des stylistes. «L’effort, la volonté et la motivation des organisateurs et des concepteurs font que Caftan est constamment abouti, en dépit de l’insuffisance de moyens dont nous disposons.

Beaucoup croient que nous roulons sur l’or, qu’ils se détrompent. Nous parvenons rarement à joindre les deux bouts. Pourtant, nous essayons de proposer aux spectateurs et aux téléspectateurs un défilé au diapason de leurs exigences», précise-t-elle.

Pour Caftan XII, dix stylistes choisis parmi une centaine de postulants
Fait curieux : Caftan ne semble pas tenir en place. Il installe ses pénates d’abord à Casablanca, ensuite fugue vers Marrakech, qu’il déserte pour aller humer le vent d’Agadir, puis retourne à Marrakech. «Il ne faut pas croire que Caftan a un penchant pour le nomadisme, explique Mme Sakhri. S’il se déplace, c’est uniquement pour des nécessités d’ordre logistique.

Au début, nous pouvions nous accommoder du minuscule podium et de la capacité (600 personnes) de la salle du Hyatt Regency. Après, cela n’a plus été possible. Nous avions besoin d’un espace susceptible d’accueillir le nombreux public qui affluait vers l’évènement et d’une structure d’accueil à même d’héberger et les invités et les organisateurs (au début, nous étions trois ou quatre, aujourd’hui, nous sommes cinquante). C’est pourquoi nous avions essayé Marrakech, puis Agadir. Pour le XIIe Caftan, nous avons opté pour le Palmeraie Golf Palace, dont la capacité est satisfaisante».

Comme d’habitude, la préparation du prochain Caftan a nécessité pas moins de neuf mois. En octobre, après avoir déterminé le thème de l’édition, on a lancé un appel à candidatures à l’adresse des stylistes et des jeunes talents. A la mi-décembre, les dossiers parvenus ont été examinés par un comité choisi parmi la rédaction de Femmes du Maroc.

Dix stylistes sur une centaine ont été élus pour le défilé haute couture. Huit jeunes créateurs sur soixante-dix ont été admis à concourir en présélection. Un seul obtint l’insigne faveur de présenter ses modèles lors du show du samedi 3 mai au Palais des Congrès du Palmeraie Golf Palace. L’heureux élu répond au nom très littéraire de Raphaël Dorian. Il a été le héros de la compétition qui s’est déroulée jeudi 3 avril dans l’enceinte du Carré Rouge de Casablanca.

En tant que jeune créateur, Raphaël Dorian est doué d’un savoir-faire plus qu’honorable. Les petits détails de ses coupes élégantes ont déjà remporté bien des suffrages. Au rayon haute couture, on notera cette alliance entre des créateurs qui nous sont familiers (Ihsane Ghaïlane, Nabil Dahani, Simohamed Lakhdar, Dahab Benaboud, Réda Boukhlef et Meriem Benamour) et d’autres qui le sont beaucoup moins (Maria Chahdi Ouazzani, Zineb Lyoubi Idrissi, Amina Boussayri, Abdelhani Raouh ou Madiha Bennani).

On ne peut que se féliciter du retour de Simohamed Lakhdar, après un an d’éclipse. Ce créateur est un prestigitateur de l’élégance, de la coupe parfaite et des belles étoffes, qui étonne son monde à chacune de ses apparitions. Avec Nabil Dahani, ce sera sûrement une partition étincelante inspirée par l’air du temps. Confort, élégance, sobriété, justesse des coupes ont toujours été la marque de fabrique de Dahab Benaboud. Celle de Ihsane Ghaïlane, elle, consiste en légèreté savante, en pureté virginale et expressivité sobre.

Tout cela sur fond de musique rock. Car Caftan tient à ranimer, le temps d’un défilé, la flamme de ce genre musical et de raviver le souvenir d’Elvis Presley, de John Lennon et du groupe Queen. Le spectacle démarrera, promet-on, par le fameux refrain «We will rock you», signé Freddie Mercury. Donc, du rythme plein les tympans et un ballet de couleurs, de formes et de matières plein les yeux. Ça mérite plus qu’un détour.