Abdelkader Moutaa… de ces artistes qui bravent la rumeur

Suite aux bruits annonçant son décès, l’artiste Abdelkader Moutaa s’est manifesté pour dénoncer fermement ces rumeurs et rassurer son public.

L’artiste Abdelkader Moutaa n’a pas échappé aux croque-morts de la toile qui ont diffusé il y a quelques jours des annonces de sa mort. La rumeur l’a touché, mis en colère et sorti de son silence au grand bonheur de ses amis et fans.

Abdelkader Moutaa a annoncé à la presse qu’il était victime à répétition de cette rumeur et que la toute dernière lui a particulièrement coûté cher. Cinq heures d’appels téléphoniques auxquels il s’est évertué à répondre pour épargner aux siens, à ses amis et à son public des souffrances inutiles.

Pour les rassurer davantage, il explique que le glaucome qui a pratiquement emporté sa vue est le seul pépin dont il souffre et que sa santé, par ailleurs, se porte à merveille. «J’ai perdu la vue, mais pas la voyance ni la raison», dit-il à ce sujet.

Une vie d’artiste

Depuis toujours, Abdelkader ne cesse de répéter à qui veut bien l’entendre qu’il est artiste autodidacte. Comment peut-il en être autrement lorsqu’on a eu une enfance aussi difficile ? Né a Derb Soltane, dans une famille particulièrement démunie, Abdelkader est contraint de quitter très tôt les bancs de l’école pour enfiler le bleu de travail : apprenti menuisier, mécanicien, porteur dans un moulin de sel, vendeur de légumes, apprenti tisserand… Précocement orphelin, il doit lutter pour la survie et ne vit son enfance qu’occasionnellement aux côtés… des bons scouts ! En effet, les colonies de vacances et les sorties des scouts lui font découvrir ses talents d’animateur et lui donnent le goût de la comédie.

C’est là qu’il joue ses premiers sketchs et se laisse, petit à petit, séduire par le métier, encouragé notamment par un voisinage des plus illustres. C’est d’ailleurs grâce à l’artiste Mohamed Elkhalfi qu’il aura la chance de fouler ses premières planches. Mais c’est également sa première déconfiture lorsqu’il ne pipe mot sur scène. Mais comme il s’en veut, Abdelkader Moutaa saisit sa deuxième chance de ses deux mains et ne lâche plus jamais prise. Ainsi sauvé par l’art, Abdelkader Moutaa voit, depuis, sa vie se transformer et sa cote croître exponentiellement. Et comme la vie d’Abdelkader est un film dont les remous n’ont rien à envier au cinéma, un fait divers dévoile l’étonnante histoire de cette famille qui affirme être la vraie famille biologique de l’artiste… après 72 ans. Une histoire au sujet de laquelle l’artiste refuse de s’exprimer.

Tahar Belferyat forever

Abdelkader Moutaa est de la lignée des grands artistes. Pourtant il ne cesse jusqu’à aujourd’hui de faire montre d’une absolue modestie, s’excusant de ne pas avoir pu en faire davantage et se désolant du manque d’opportunités qui permettent à l’artiste de s’illustrer. Pourtant, les planches témoigneraient volontiers de son assiduité. Ou encore le cinéma qui, depuis 1968, compte sur le détonnant artiste pour animer ses salles. En 1970 déjà, le film Wachma, dans lequel il joue le rôle principal, arrache un bronze au Festival de Carthage. Son dernier rendez-vous avec le grand écran remonte à 2004, sur l’affiche de Bandia de Said Naciri. Mais il faut souligner également la forte présence de sa voix dans plusieurs spots publicitaires, à tel point qu’elle est devenue très familière pour les Marocains des années 70 et 80. Abdelkader Moutaa joue aussi dans des productions étrangères telles que le film maroco-romain Les bras d’Aphrodite ou l’italo-danois Christian. Mais force est de constater que c’est sur le petit écran qu’il a définitivement acquis le public. Dans la série Khamsa ou Khmiss où le maléfique personnage capture l’attention et crève l’écran, Abdelkader Moutaa trouve sa signature. Et si on a tous tremblé devant le tyrannique Tahar Belferyat, Moutaa, lui, a dû lutter sa vie durant pour surpasser ce rôle qui lui a collé à la peau mais qui a gravé son nom dans les mémoires et l’a hissé ainsi au rang de ces maîtres qui l’impressionnaient tant.

L’année dernière, le feuilleton Ghalia montre à voir un Moutaa dans toute sa splendeur. On peine à croire que ses yeux ne voient déjà presque plus. Mais rien n’arrête l’artiste qui se fait lire le script par l’artiste Abdelkabir Houzirane.

Bravant la rumeur, la caravane d’Abdelkader Moutaa passe, d’ailleurs il déclare jouer dans un nouveau feuilleton intitulé Nouara que nous attendrons avec impatience !.