«Aïla mouhtarama…», dans les coulisses de la sitcom du Ramadan

La sitcom de Kamal Kamal est en concurrence avec «Al Aouni», celle de Saïd Naciri, et des sketches de Touria Jabran pour le passage en prime-time, juste
après la rupture du jeûne.
Dix-sept épisodes ont été réalisés et l’équipe
de tournage travaille d’arrache-pied pour
boucler les treize autres dans des studios à Dar Bouazza.

R éalisateur de sitcoms, une première dans la carrière de Kamal Kamal. La sitcom s’intitule Aïla mouhtarama… jiddan (une famille très respectable) et sera diffusée par 2M pendant le mois de Ramadan prochain. Artiste féru de musique, Kamal Kamal est plus connu comme réalisateur du long-métrage Tayf Nizar, qui a fait du bruit lors de sa sortie, il y a trois ans. Et pour cause : c’est l’un des premiers opus sur la détention politique au Maroc. Critiques et cinéphiles lui réservèrent un accueil plutôt élogieux.
Kamal récidive avec Sid Alghaba, produit par 2M, et La symphonie marocaine, autre long-métrage co-produit avec la chaîne de Aïn Sebaâ, qui attend toujours sa sortie sur les écrans. Pour Aïla mouhtarama… jiddan, sa première sitcom, on sait qu’elle est programmée par 2M tout au long des trente jours du mois de Ramadan prochain. Sera-t-elle programmée en prime-time, juste après la rupture du jeûne ? Aucune certitude. Mais une chose est sûre : il y a une très vive compétition pour le passage à cette heure de forte audience entre cette «famille très respectable» et Al Aouni, autre sitcom de l’humoriste Saïd Naciri.

Encore un mois de tournage pour boucler la série
Mait tout porte à croire que le produit de Kamal Kamal, encore en tournage à Dar Bouazza, a plusieurs atouts pour gagner cette compétition. Pourquoi ? On sait, de sources proches du dossier, que la direction de 2M a d’abord passé commande de vingt épisodes au réalisateur. Mais quand les premiers furent visionnés, la direction, enchantée par la qualité du travail, passa illico commande de dix autres épisodes. La même source nous affirme que le produit de Kamal Kamal est de très bonne facture, et «qu’il y a vaiment de quoi être fier. Le spectateur marocain se pliera de rire. Il est quasiment acquis que cette sitcom sera programmée en prime-time.» Si tant est que les préoccupations commerciales et la recherche de rentrées publicitaires ne relèguent pas la sitcom au profit d’un autre produit considéré comme plus rentable par 2M.
Mais allons voir de plus près comment se passe le tournage de Aïla mouhtarama jiddan. Le studio est installé à Dar Bouazza, dans une zone industrielle à 15 kilomètres de Casablanca. Ce mardi 13 septembre, il ressemble à une ruche. Acteurs, maquilleurs, réalisateur et aide-réalisateurs s’y activent, un brin d’angoisse dans le regard, mais tout le monde est animé par un seul objectif : réussir un produit capable de dérider le spectateur. Le pari est en effet difficile. L’équipe de la sitcom, pour les besoins du tournage, a élu domicile dans ce studio depuis quarante jours. Dix-sept épisodes ont déjà été tournés et la troupe travaille d’arrache-pied, de 15 heures à 3 heures du matin, pour tourner les treize épisodes restants. Il lui reste donc un mois pour boucler la série.
Construit sur un plateau de plusieurs dizaines de mètres de long, le studio est dominé par un grand salon moderne, dont la décoration a été réalisée par Tayeb Alaoui. A qui appartient-il ? A un MRE, M. Bechar, ami de Kamal, promoteur féru de guitare. Après avoir construit un studio de musique, il a eu l’idée d’en créer un autre, complètement équipé, pour la télévision. Une famille très respectable a le privilège d’inaugurer le studio.

L’idée de cette «famille respectable» lui trottait dans la tête depuis trois ans
Ramadan approche. Anxieux, le visage marqué par la fatigue, Kamal presse les acteurs, penchés sur leur script, de tourner la scène. Sur la genèse de la sitcom, Kamal Kamal sera bref. «L’idée de cette “famille respectable”, explique-t-il, me trotte dans la tête depuis plus de trois ans. Parmi les sept pilotes que 2M a visionnés, la chaîne en a choisi trois : le mien, celui de Saïd Naciri, et une série de sketches de treize minutes de Touria Jabran». Passera-t-elle en prime-time ? Kamal n’est sûr de rien, mais il reste serein. «Le plus important pour moi, répond-il, est de présenter un bon produit, et dans les délais. Aux responsables de la chaîne de le programmer quand ils veulent. L’essentiel est de déclencher les rires des spectateurs pendant les 26 minutes que dure chaque épisode».
Et l’histoire de la sitcom ? Elle tourne autour de six personnages principaux : un père, Si Saïd, incarné par Abdelkader Lotfi, quatre enfants, deux filles et deux garçons (Hind, Asmae, H’ssina et Issam) et Dada Zhour, interprétée par Fatima Ouchay. Si Saïd est professeur de physique-chimie à la Faculté des sciences. Il est veuf et ses quatre enfants ont été élevés par Zhour, la gouvernante. Il voudrait bien refaire sa vie mais les enfants refusent catégoriquement. Des personnages qui ont chacun ses objectifs et son idéal, qui le font entrer en conflit avec les autres membres de cette «famille respectable». D’où des gags, des quiproquos, des situations loufoques et des éclats de rire. Dans la vie de cette famille, pleine de rebondissements, se faufilent des personnages comme l’oncle des enfants (n’sib de Si Saïd) incarné par Omar Azzouzi, ou encore la fille du voisin (ce dernier interprété par Mohamed Bastaoui), très copine avec les enfants de Si Saïd (échanges de CD et autres DVD…).
Le casting, c’est 50 % de la réalisation
Pourquoi le talentueux Bastaoui, justement, qui met du sel dans l’histoire, se contente-t-il d’un rôle aussi secondaire dans la sitcom de Kamal Kamal (il n’apparaît que l’espace de quelques épisodes), lui, la star de plusieurs longs-métrages et feuilletons ? «Au tréfonds de moi, argumente-t-il, quitte à déplaire à certains réalisateurs, je me vois mal jouer un rôle de premier plan dans une sit-com. Je considère que ce genre est très éloigné de notre culture et de nos traditions humoristiques. J’ai l’impression que l’on singe un genre qui ne nous appartient pas». Refuserait-il de jouer dans une sitcom si on lui en proposait le premier rôle ? «Tout dépend du réalisateur et du texte, mais je ne me sens vraiment à l’aise que dans un feuilleton ou dans un téléfilm plein de gags où l’on est profondément marocain. Les sitcoms sont pour les Américains, on ne peut pas faire mieux qu’eux». D’autres guest stars font de brèves apparitions, comme le boxeur Achik, l’artiste populaire

Tihihite, Aziz Fadili, le comédien Foulane ou encore le doyen de la chanson marocaine Abdelouhab Doukkali.
Côté casting, Kamal Kamal a choisi quelques visages connus et moins connus qui ne manquent pas de talent. Comme il le dit lui-même, le casting représente 50% de la réalisation ?. «Si on a bien choisi ses comédiens, on aura réussi 50 % du travail». Il y a sa propre fille, d’abord, Jihad Kamal, qui interprète Asmae, la benjamine des enfants de Si Saïd. C’est la plus sérieuse, celle qui crée le moins de problèmes au sein de la famille. Elle introduit un peu de douceur, au milieu de trois frères et sœurs complètement déjantés et d’une gouvernante plutôt futée. Si jeune soit-elle, elle écoute les doléances des uns et des autres, dispense des conseils.
Il y a le n’sib, Omar Azzouzi, ex-officier de gendarmerie dans la vie réelle, qui a claqué la porte de cette institution pour s’adonner à sa passion, la comédie.
Il y a aussi la pétillante Majdouline El Idrissi (Hind), qui joue le rôle de la jeune fille délurée et frivole. Comment en est-elle arrivée à jouer du burlesque alors quelle a toujours interprété des rôles dramatiques, aussi bien dans Le Pote de Hassan Benjelloun, Les bandits de Saïd Naciri, ou encore La symphonie marocaine, de Kamal Kamal ? «C’est pour moi un rôle très original,en effet, et très drôle dans ma carrière d’actrice, répond-elle. Le comique est tellement nouveau pour moi que lors des premiers épisodes, le réalisateur intervenait chaque fois pour interrompre mon numéro et me rappeler qu’on n’était pas en train de jouer du Shakespeare. C’est une expérience exaltante».
Selon elle, les sitcoms, ne sont pas comme les longs-métrages ou les feuilletons où l’acteur a le temps de souffler et de jouer tout à son aise. «Là, c’est un travail non-stop où la famille doit être présente, tous les jours, durant tout le tournage.» Fera-t-elle rire les spectateurs ? «Je l’espère de tout coeur», répond-elle, sans arriver à masquer une légère inquiétude. Nous le lui souhaitons.

Kamal Kamal dirige Majdouline El Idrissi et Fatima Ouchay sur le tournage.