«“L’orchestre de minuit” est un film d’espoir»

Avishay Benazra joue le premier rôle dans «L’orchestre de minuit» dont la sortie est prévue le 14 octobre prochain.

C’est votre premier grand rôle et, déjà, le film a gagné son premier prix, celui du jury œcuménique. Quel est votre sentiment par rapport à cela ?

J’avoue que pour moi c’était plutôt inattendu. Je m’attendais bien à une certaine reconnaissance de cette oeuvre qui véhicule beaucoup d’espoir et dont le côté humain est particulièrement puissant. Mais j’ai été très surpris du prix du jury œcuménique. Cela prouve que le message a été compris par le public. Je ressens beaucoup de plaisir et de fierté d’avoir contribué à ce film. C’est pour moi une consécration.

Cela fait quel effet de jouer le premier rôle devant Gad El Maleh, Hassan El Fed, Amal Ayouch et Noureddine Lakhmari ?

Je le prends comme un honneur. Ce fut une grande chance pour moi de jouer avec ces artistes. Une occasion d’apprentissage qui s’est soldée par de grandes affinités. Nous avons pu échanger pendant et en dehors du tournage, ce qui m’a beaucoup aidé à accomplir mon rôle. Tout cela, évidemment, est l’œuvre de Jérôme Cohen-Oliver qui a dirigé toute l’équipe avec maestria.

On sent une réelle complicité avec Aziz Dadas dans le film…

C’est que du cinéma (rire). Quand Jérôme m’a appelé pour le casting, il avait appelé Aziz en même temps. On s’est croisé Chez Paul et on a bloqué pendant quelques secondes. Comme si on se connaissait déjà, comme si on savait ce qui allait advenir. On voulait jouer ensemble tout de suite. Comme je ne crois pas au hasard, je m’étais dit qu’on ne s’est pas rencontré pour rien. La complicité qu’il y a eu dans le film est réelle. Elle a été instantanée. D’ailleurs, la dernière scène du film, qui est particulièrement émotive, a été jouée en premier. C’est dire que l’on n’avait pas besoin de tourner longtemps pour avoir ce résultat. Aziz est comme un frère aujourd’hui.

Est-ce que vous vous êtes un peu retrouvé dans le personnage de Michael ?

Énormément. Quand j’ai lu le script, j’ai pensé que Jérôme avait écrit cette histoire pour moi. D’abord, il y a le départ de Michael du Maroc, comme nombre de juifs marocains. Je suis parti, pour ma part, un peu plus tard pour terminer mes études, mais l’âge est symbolique. Il y a également ce trouble d’identité dont souffrent les juifs du Maroc, en ce sens qu’ils sont définis par le regard des autres. Ici, on les voit comme des Israéliens, ailleurs comme des Espagnols, Canadiens ou des Marocains. Or moi je suis marocain avant tout. Michael, lui, refuse de le voir au départ. Et puis comme Michael, je suis musicien. J’ai également étudié la finance. Il a une nature sensible qu’il dissimule sous une certaine froideur. Bref, il y avait trop de similitudes…

Vous êtes parti étudier à l’HEC Montréal et vous êtes revenu comédien…

En effet, je suis parti étudier la finance, mais à aucun moment je n’ai douté que j’allais faire du cinéma. Être comédien est mon rêve depuis tout jeune. Depuis mes cinq ans où l’on me reprochait de trop parler et de faire le clown. À 12 ans, on me propose de faire un petit rôle dans une série, mais j’en stresse tellement que je n’en dors pas la nuit. Plus tard, plusieurs fois j’ai failli faire mes premiers pas au cinéma. Mais pour une raison ou une autre, ce n’était pas le bon moment. Cela dit, je ne regrette rien, car dans la vie, tout est question de timing.

Il y a très peu d’artistes de la communauté juive sur la scène marocaine. À quoi est-ce dû à votre avis ?

Personnellement, je suis né artistiquement à Montréal. Je pense que c’est dû au fait qu’au Maroc, en général, être comédien n’est pas perçu comme un métier digne, pouvant déboucher sur une vraie carrière. Dans la communauté, on pense sécurité d’abord, à ce qui peut payer les factures, permettre de fonder une famille… Un peu comme tout le monde au Maroc d’ailleurs. Pourtant, sans science et sans art le monde n’avancerait pas. Et puis, il n’y a pas non plus beaucoup de juifs au Maroc. Cela limite le nombre d’artistes possibles au sein de la communauté juive. J’ai vraiment envie de changer la donne, de montrer que c’est possible et d’encourager les jeunes à s’investir dans le cinéma et dans l’art en général.

Vous évoluez en France. Joueriez-vous dans un autre film marocain ?

Bien sûr ! J’ai même déjà certaines propositions. Mais rien d’officiel pour le moment. Je m’y prêterai avec grand plaisir. Je défendrai toujours les réalisateurs marocains. Tant que le scénario me convient évidemment. Je joue pour vibrer, non pour de l’argent ou pour la gloire.

Seriez-vous là à la sortie nationale le 14 octobre prochain?

je serai là à l’avant-première prévue le 8 octobre.