Zina et les machos

Nous l’appellerons Zina. Elle a 28 ans, elle est bien faite de sa personne et elle est pourvue d’une tête bien faite. Vêtue élégamment, mais sans extravagance, elle fait tourner les têtes sur son passage. Zina semblait épanouie, d’autant qu’elle filait le parfait amour avec un beau brun impatient d’enterrer sa vie de célibataire. Et comme un bonheur n’arrive jamais seul, elle se retrouve engagée comme cadre dans une société florissante. Elle était loin d’imaginer que ce travail deviendrait une source de déboires. Rituellement, Zina est accueillie par des insinuations graveleuses et des propos grivois. Selon la mine qu’elle arbore, ses collègues lui lancent un «Ça se voit que tu as passé une bonne nuit» ou «Il n’était pas brillant ton jules, hier soir». Si elle rit, les badins en profitent pour en remettre une couche. Quand, par agacement, elle se rebiffe, ils ripostent invariablement par des allusions physiologiques.?Malaise, malaise. Zina est enfermée dans un système qui la paralyse. Le jour où un des mauvais plaisantins s’est amusé à la qualifier de sexuellement insatisfaite, elle est allée se plaindre à son directeur général qui, étonnamment, a pris le parti d’en rire. Ecœurée par une telle désinvolture, Zina remit sa démission. Aujourd’hui, elle s’est exilée volontairement au Canada après avoir rompu tous ponts avec son pays infesté de machistes. Il ne suffit pas d’accorder des droits aux femmes, il faut imposer aux hommes l’obligation de respecter celles-ci.