Vertus du mensonge

Nous passons le plus clair de notre temps à  nous mentir avec sincérité.

Soyons honnêtes ! Nous passons le plus clair de notre temps à nous mentir avec sincérité. Conviendrait-il de nous en blâmer ? Assurément non. Car sans le mensonge, l’existence serait intenable. La vie deviendrait vite impossible sous le diktat de la vérité sans concession ni restriction. Pour avoir voulu être absolument «honnête» et sincère, la société se conduirait de la manière la plus «malhonnête» ou la plus indélicate. Même si on l’appelle autrement : «Discrétion», «pudeur» ou «tact», l’art de mentir reste le meilleur complice ou la meilleure garantie de l’urbanité. Essayez d’imaginer des relations sociales sans la moindre diplomatie. L’écrivain français Jacques Laurent parle du mensonge comme d’une «étrange arme défensive». La société se protège à travers les précautions de la courtoisie. L’enfant raconte des histoires à ses parents pour ne pas se faire gronder. Et l’adulte se raconte des histoires à lui-même pour ne pas détester son existence. «Tout se passe, écrit Jacques Laurent, comme si la vie de l’homme n’était pas supportable sans le secours de l’illusion». Tout le mérite en revient aux mots. Lorsqu’il invente sa première histoire, pour échapper à une réprimande, l’enfant s’émerveille de découvrir le pouvoir des mots. Il éprouve l’éternel ravissement des imaginations qui s’émancipent. Il ressent les vertiges du simulacre. «La parole à été donnée à l’homme pour déguiser sa pensée», tenait voltaire.