Un peu d’écologie dans un sac noir

On a vu des chèvres brouter des sacs noirs en plastique dans certaines
régions du Sud du Maroc… bonjour le fromage de chèvre.

Quelqu’un disait : «L’on peut aimer ou ne pas aimer une publicité ; on ne peut pas la réfuter.» Aussi péremptoire que cela puisse paraître, ça ne l’est justement qu’en apparence. C’est en cela que consiste la force des messages d’ordre religieux, politique, de propagande ou de réclame. Ils participent d’une capacité de persuasion qui emprunte au dogme ou à la croyance dans ce qui est bien énoncé. Avec le sourire, parce que cela passe mieux, un autre auteur disait que « la publicité c’est comme le poison : elle n’est dangereuse qu’une fois avalée». On sent que le service commercial de l’hebdo va tiquer; mais rassurons-le tout de go : cette chronique n’est pas pour faire fuir les annonceurs, bien au contraire. Sans vouloir jouer les fayots, on peut même dire que c’est souvent dans la pub seulement que l’on croise quelquefois de la poésie, de l’humour et parfois même une certaine vérité. C’est vrai que les infos locales et internationales qui circulent par les temps qui courent n’invitent ni à l’optimisme ni, encore moins, à la franche rigolade.
Et voilà pourquoi la pub est salvatrice quoiqu’on puisse en dire, parfois pour d’autres raisons. Tenez, cette pleine page verte de pub achetée dans plusieurs quotidiens français par un grand groupe de distribution pour soutenir la ministre de l’Environnement Roselyne Bachelot. On peut lire ce message rédigé en gros caractère : «Madame Bachelot, je soutiens votre action pour la mise en place d’une solution alternative aux sacs jetables.» (un sac consigné et recyclable par exemple.) Le message invite les gens à soutenir la ministre en lui écrivant et donne l’adresse de son site sur le net. L’annonceur – parce qu’à un certain moment il faut bien faire sa réclame – montre un sac qui porte le nom de son groupe : un sac consigné et recyclable. Il exige aussi que ce sac soit copié.
Que dire sinon que des pubs comme ça, on en redemanderait ? Imaginez une vaste campagne de publicité dans tous les supports pour l’éradication des sacs en plastique qui font, hélas !, désormais partie de nos paysages. Qui n’a pas vu l’envol noir de ces sacs tel un vol de corbeaux ? Cette denrée plastique fait partie intégrante de notre quotidien et l’on peut craindre qu’elle n’ait opéré un changement dans l’équilibre alimentaire de la faune puisqu’on nous dit que l’on a vu des chèvres brouter des sacs noirs en plastique dans certaines régions du sud du Maroc. Bonjour le fromage de chèvre ! On peut sourire en écoutant ce genre d’informations, mais il faut dire que, plus que de la pub dans les médias, il est demandé aux responsables de se pencher sérieusement sur la question. Rappelons que plus de 40 000 t par an de sacs en plastique sont produits au Maroc. Le chiffre ne peut qu’augmenter lorsqu’on sait le développement de la consommation et de la grande distribution que le pays a enregistré d’une part, et l’absence, par ailleurs, d’autres emballages de substitution biodégradables ou moins polluants.
On s’étonne d’ailleurs qu’avec tous les enjeux de l’environnement et de l’écologie en général, dans un pays comme le Maroc, on n’ait pas vu l’avènement d’une formation politique écologiste sérieuse. Pourtant, on ne peut pas dire que l’on manque d’organisations politiques dans ce pays où l’on n’est pas loin d’inventer un nouveau concept démocratique : «une voix, un parti» ou hizboun likolli mouatine (un parti pour chaque citoyen).
Mais revenons aux emballages pour rappeler que certains experts plasturgiens avaient préconisé, il n’y a pas longtemps, le remplacement de la couleur noire des sacs en plastique par des coloris moins lugubres. D’autres experts plus malins étaient pour augmenter l’épaisseur des sacs afin de les empêcher de voler. On peut rigoler, mais il faut croire que ces préconisations ont été suivies par des fabricants qui nous gavent aujourd’hui de sacs de tous les coloris et de toutes les épaisseurs. Comme quoi, il y a des idées rigolotes qu’il vaut mieux garder pour soi.