Un label bleu pour la transparence

L’opération «Plages propres» a réussi à  Aïn Diab. Pourquoi ne pas initier une action similaire en direction des administrations ? Créons un «label bleu» de la transparence, de l’éthique, du bon service et mettons nos services administratifs et publics en compétition. Qui sait, le déclic salvateur aura peut-être lieu ?

Des millions de téléspectateurs à travers le monde ont été, le matin où étaient écrites ces lignes, réveillés par cette nouvelle ô combien importante : un garçon de neuf ans a eu accès au dernier Harry Potter avant la sortie officielle de celui-ci. L’ouvrage avait en effet été placé par mégarde sur le rayonnage d’une librairie. Branle-bas de combat chez l’éditeur pour retrouver le jeune acheteur. Bon petit, celui-ci a accepté de retourner le livre en précisant qu’il n’en avait lu que les premières pages. Ouf, le secret des nouvelles aventures du petit sorcier est sauvé. Jusqu’au jour J, bien sûr, celui du grand lancement. Cela a valu à notre jeune lecteur d’avoir sa photo en une des journaux. Et nous de démarrer la journée avec cette information combien capitale ! Le monde serait-il devenu définitivement fou ? Cette nouvelle, une nouvelle planétaire ! Que retenir de cette histoire ? Juste ceci, désormais souverain sous tous les cieux, un maître-mot demande que l’on s’appesantisse dessus : communication. Nous y reviendrons.
Marche matinale sur la corniche de Casablanca. Dès les premières heures de l’aube, une armée de balayeurs est entrée en action. Avec la venue de l’été, la plage a revêtu ses plus beaux atours. Des parasols pimpants ont fleuri sur le sable. La plage dépotoir où il fallait zigzaguer entre les détritus est devenue un espace balnéaire plaisant, doté d’équipes de nettoyage à l’affût de la moindre saleté. L’opération «Plages propres», lancée il y a quelques années, a parfaitement porté ses fruits. Aïn Diab peut désormais exhiber avec fierté son «label bleu» de plage propre. L’esprit de compétition aidant, c’est à présent à qui, parmi les différentes rivales, de faire mieux que l’autre. Cette année, avec de la musique qui fuse de partout, l’air à Aïn Diab est plus que jamais à la fête et c’est tant mieux. Vacances à domicile pour des centaines de milliers de Casablancais, voilà qui aidera beaucoup d’entre eux à vivre plus sereinement les tracas d’un quotidien souvent difficile.
Ce quotidien-là, il vous suffit de héler le premier taxi qui passe pour vous y coltiner de bon matin. D’entrée de jeu, la conversation démarre sur les chapeaux de roues. Cette fois, c’est la vue des engins flambant neufs dont se sont dotés les gendarmes qui déclenche l’ire de notre conducteur. «Pour la parade, dit-il, c’est parfait, mais pour le reste, rien n’a changé». Et de vous conter ses mésaventures avec ceux qui sont censés représenter l’ordre. Comment tel agent l’a pénalisé pour une moukhalafa imaginaire, comment tel autre lui a imposé sans plus de manière de glisser 20 dirhams dans son permis, etc. Ces brefs échanges aident à prendre le pouls de la société. Ainsi, si la corruption et l’arbitraire demeurent des fléaux tristement omniprésents, on enregistre une certaine modification des comportements face à eux : certains ne se laissent plus faire en silence. Dans des situations où, jusque-là, la peur de l’autorité faisait systématiquement adopter un profil bas, ils commencent à réagir en tant que monsieur tout le monde. Ceci est nouveau. Il indique l’émergence d’un citoyen conscient de ses droits. Et qui les revendique. C’est très bien me rétorquera-t-on mais qu’en est-il par ailleurs de la conscience des devoirs ? Eh bien, là aussi, on sent comme un frémissement. Ainsi de cet autre chauffeur de taxi qui s’est mis à rêver à voix haute sur ce que pourrait devenir le pays si chacun se retroussait les manches. Lui même, disait-il, était prêt à mettre la main à la poche s’il était sûr que cela servirait à bon escient. Et, candide, d’ajouter : «Si chaque Marocain ne donnait qu’un dirham, cela ferait déjà 30 millions de dirhams !».
Mais à quoi bon toutes les bonnes volontés du monde si le système reste à ce point vicié par la corruption et l’abus de pouvoir ? A quoi bon poster des gendarmes à chaque coin de rue si, au lieu d’éduquer, leur seule tâche est de piéger et de «squeezer» l’automobiliste ? Cela signifierait commencer par soi et nous voilà encore avec le serpent qui se mord la queue.
Pourtant, il va bien falloir commencer un jour. La plage de Aïn Diab serait restée indéfiniment cette écœurante poubelle si l’opération «Plages propres» n’avait pas été lancée. Une idée : pourquoi ne pas initier une action similaire en direction des administrations et des wilayas ? Créons un «label bleu» de la transparence, de l’éthique, du bon service et mettons nos services administratifs et publics en compétition. Qui sait, le déclic salvateur aura peut-être lieu ?
Et pour en revenir à notre maître-mot du début, il faudrait alors aussi que nos gouvernants apprennent à com-mu-ni-quer. Sans cela, quoi qu’ils fassent, cela restera un coup d’épée dans l’eau. Quel poids auraient les tours de passe-passe de Harry Potter sans la formidable machine de communication de son éditeur. Attention ! communication ne veut pas dire propagande, elle veut dire information