Terrorisme : la société interpellée

Malgré le processus de démocratisation, la défiance est restée. Elle
s’exprime de deux manières, celle du doute systématique étant la plus
pernicieuse. L’autre, celle qui consiste à  se demander ce que fait la police à 
chaque fois, est puérile. Elle se fonde sur un fantasme, celui du Maroc pays
surfliqué, qui n’a jamais eu l’ampleur supposée. Aujourd’hui, les policiers
mettent leur vie en danger pour assurer notre sécurité…

Les événements de Fès et de Meknès ne sont pas un épiphénomère spectaculaire, les terroristes arrêtés ne sont pas les derniers de l’armée des lâches et la guerre n’est pas finie. Ces évidences-là  doivent être répétées parce que la société n’a pas retenu les leçons du 16 Mai. Le vendredi noir n’a rien à  voir avec l’opération de l’Atlas Asni. Le terrorisme actuel est endogène, même si des ramifications à  l’étranger existent. Il est le produit d’une idéologie qui a une réelle emprise, parce que longtemps tolérée. Il est aussi lié aux développements sur la scène internationale. Sharon, Bush et bien d’autres sont d’excellents recruteurs dans des milieux o๠la mal-vie est la règle. Et pas pour des raisons psychologiques. Le combat contre le terrorisme est polyforme. Il ne peut être considéré comme une affaire purement sécuritaire. Or, jusqu’ici, les partis politiques se limitent à  des condamnations de principe, en fonction des circonstances, la société civile prend le biais en liant le terrorisme aux difficultés sociales et une partie de la presse dissémine la suspicion. La première faiblesse dans le dispositif anti-terroriste est justement la suspicion. En août 2002, quand la cellule Fikri a été demantelée, le bal des enflures a accusé la police d’avoir tout monté pour renforcer le rôle des sécuritaires au sein du pouvoir. La suite on la connaà®t. Inhibés, les flics se sont arrêtés au milieu du gué et les terroristes du 16 Mai ont pu échapper aux investigations. Depuis, on continue sur la même lancée. A chaque fois, d’aucuns ne posent qu’une question : quel est le rôle de la DST dans l’affaire ? ! Et plus la réponse proposée est ahurissante, mieux elle passe. On ne peut donc en vouloir à  ces médias irresponsables, mercantiles et innocents au sens biblique du terme. Il faut par contre diagnostiquer la pérennité de la défiance de la société vis-à -vis de ses policiers. Cette défiance est le produit d’une histoire o๠la police n’était pas citoyenne, loin s’en faut. Malgré le processus de démocratisation, la défiance est restée. Elle s’exprime de deux manières, celle du doute systématique étant la plus pernicieuse. L’autre, celle qui consiste à  se demander ce que fait la police, à  chaque fois, est puérile. Elle se fonde sur un fantasme, celui du Maroc pays surfliqué qui n’a jamais eu l’ampleur supposée. Aujourd’hui, les policiers mettent leur vie en danger pour assurer notre sécurité. Sans une forme de reconnaissance sociale, il est peu probable de susciter les vocations. Moderniser la police mais aussi assurer un lien «normal» avec les citoyens est une Å“uvre urgente. Moderniser parce qu’il me paraà®t incompréhensible d’aller arrêter des terroristes sans mettre des gilets pare-balles par exemple. L’aspect sécuritaire n’est qu’une facette de la lutte. Quelle que soit leur performance, les sécuritaires ne peuvent assurer le risque zéro. Ils ont affaire à  des cellules quasi spontanées, totalement étanches, abreuvées d’une idéologie de la haine simpliste et mobilisatrice, fascinées par la mort et la destruction et, surtout, n’ayant aucune activité publique permettant la prévention. Tant que l’idéologie de la haine subsistera dans notre pays, qu’elle sera alimentée par le malaise identitaire, il y aura toujours un illuminé qui se prendra pour un émir. C’est à  la société et à  ses organisations de se mobiliser contre l’idéologie de la haine, en particulier, et contre toutes les régressions, en général. La manière dont le débat sur le voile a été importé devrait nous servir d’enième avertissement. Je ne parle pas d’Attajdid qui a qualifié les laà¯cs marocains de «mauvais Musulmans» mais du journal arabophone de l’USFP, qui a pris fait et cause pour le voile en France, au nom de la défense de l’islam, traitant le mufti d’Egypte d’agent de Sarkozy. Au lieu de se voiler la face et de crier sur tous les toits que nous n’avons aucun problème identitaire, traitons-le. Entre les aspirations amazigh, ce qui se passe au Moyen-Orient, les prêches enflammée et l’action modernisatrice, des troubles se sont installés ; les nier et croire que la marche forcée vers la modernité les gommera est périlleux. Un projet de société n’a de chance de concrétisation qu’avec l’adhésion des concernés. Depuis le 16 Mai, les fameux modernistes ont une chance historique : mobiliser contre le terrorisme et en faveur de leur projet. Ils ont préféré, en majorité, compter sur la police et se taire. La minorité parlante dit des bêtises et incrimine la police. Moi, en être normalement constitué, entre le terroriste en formation qui veut me tuer parce que je passe près d’une cible et le policier qui me défend, je n’hésite pas, je choisis le policier. Sans pour autant oublier qu’avant de devenir terroriste, le zigoto en question se croyait juste, pieux et que ses maà®tres à  penser sont dans les mosquées, les universités et même dans les instances électives. Cette guerre-là  ne peut être gagnée en étant segmentée