Sourires vains au G20

aujourd’hui, la crise mondiale pousse les grands à  se pousser eux-mêmes pour faire une place aux petits.
oh ! pas grand-chose, juste un strapontin,
et encore ! pas à  tous
les petits mais à  ceux
qui émergent parmi eux.

Dans une livraison de l’excellent magazine de la mer, «Thalassa», diffusé  par France 3, un jeune marin français embarqué sur un cargo qui faisait le tour des plus grands ports du monde fit cette révélation qui  sonne comme un aphorisme: «Le monde sait tout de nous et nous savons rien du monde». Ce constat plein de sagesse, venant d’un jeune à peine sorti de l’adolescence, résume parfaitement la vision égocentriste de certains pays de ce qu’on appelle improprement l’Occident. En effet, souvent, les journalistes, les reporters et les documentaristes s’étonnent que les populations de ces  contrées lointaines et exotiques qu’ils essaient de raconter ou de faire découvrir à leurs lecteurs et téléspectateurs en sachent long sur leurs  propres us et coutumes. Tel journaliste français n’en revient pas de s’entendre dire par un autochtone dans un pays lointain qu’il avait une tête à voter pour le Modem de François Bayrou. En plus  de l’étonnement, son visage trahit un mélange d’amusement et de condescendance qui s’apparentait à de la fierté, celle de savoir que le folklore politicien de son pays a traversé les frontières. Cependant, il se montra un tantinet agacé car il devait se demander ce qu’il avait de visiblement centriste dans les traits du visage.  Sont-ce les grandes oreilles décollées façon Bayrou  ou les propos ni de gauche ni de droite qu’il tenait?

On le laissera à ses interrogations ontologiques pour nous interroger à notre tour sur l’état du monde dans lequel les puissants ne savent rien sur les autres, lesquels en savent long sur eux. Aujourd’hui, la crise mondiale pousse les grands à se pousser eux-mêmes pour faire une  place aux petits. Oh ! pas grand-chose, juste un strapontin, et encore ! pas à tous les petits mais à ceux   qui émergent parmi eux.  Au dernier sommet du G20 à Londres, on les a vus sur la fameuse photo de famille, souriants, presque surpris d’être là avec les grands de la classe. Et comme sur toutes les photos de classe, il y avait l’élève déconneur, celui qui lâche des vannes à la cantonade. Ce rôle-là était campé, le doigt dans le nez (c’est le cas de le dire), par le turbulent Berlusconi qui n’arrêtait pas de chambrer Obama, le nouvel élève surdoué et méritant, lequel a bouleversé la donne. En effet, ce dernier  a complètement brouillé les cartes, car, au vu de la couleur de sa peau, on l’imaginait plutôt auprès des gens du Sud. Bien sûr, il y avait Sarkozy qui n’arrivait pas à se faire remarquer entre le remuant Berlusconi et le flamboyant Obama ; le très sérieux élève russo-rigide Medvedev (mais bien moins que Poutine) qui s’entraînait à sourire et puis tous les autres qui en faisaient autant. Le plus curieux dans cette photo de classe, c’est que par ces temps de turbulences économico- financières, on ne sait plus lequel de ces élèves est le plus nanti. Avec  l’élève de l’Arabie Saoudite et celui de la Chine, on a déjà une toute autre vision de la crise économique et ses conséquences par rapport à  ceux de l’Europe. Mais laissons ces appréciations techniques aux économistes qui ont du pain sur la planche par les temps qui courent et concentrons-nous sur l’autre photo de famille (parce qu’on en a fait deux) rehaussée par la présence de la reine d’Angleterre. De l’avis des journalistes qui étaient dans les coulisses, cette photo fut, paradoxalement,  encore plus détendue que la première grâce précisément à la présence de la Reine. Au photographe qui demandait aux chefs d’Etat de sourire, la Reine Elisabeth a demandé : «Is this supposed to be a happy event ?» (Est-ce que c’est censé être un événement joyeux ?). Tout le monde a rigolé, mais avouez que si c’est de l’humour bien british, la question n’en est pas moins pleine de bon sens et frappée au coin  de la lucidité. Par ailleurs, la reine Elisabeth n’ayant  pas supporté les gesticulations bruyantes de Berlusconi qui interpellait Obama à tout bout de champ, aurait demandé : «Mais pourquoi doit-il crier ainsi ?». Plus tard, de peur que les paroles royales soient mal interprétées, le service de communication du palais de Buckingham a précisé, pour ceux qui n’ont pas le sens de l’humour, que les propos de la Reine ont été tenus sur le ton de la plaisanterie, mais quant à l’ambiance qui régnait au cours de la prise de la photo, elle était on ne peut plus détendue. Et le communiqué de préciser : «Tout cela était bruyant, gai et jovial». Sourire et enthousiasme, n’est-ce pas le meilleur moyen de régler la crise mondiale ? N’est-ce pas au bien commun et au bonheur pour tous que pensent les responsables politiques lorsqu’ils sourient ? Alors sourions pour que  ce G20 ne soit pas vain et que ce groupe enthousiaste et jovial conserve, comme disait Condorcet, «par la sagesse ce qu’il a acquis par l’enthousiasme».