Revue de presse croisée

«Louange à Allah pour avoir mis les “Nassara”
(Nazaréens ou chrétiens) à notre service afin que nous nous
consacrions à la prière.»

Les dernières nouvelles du front culturel arabe sont à la hauteur des débats qui les nourrissent : au raz des pâquerettes et parfois même au niveau des racines des pissenlits. C’est dire si elles sentent la naphtaline et les miasmes d’un passé en décomposition. Il n’est que de tenter une simple et rapide revue de presse, d’ici et d’ailleurs, sur quelques faits marquants, pour s’en rendre compte.
Quel est le débat d’idées qui secoue le landernau artistique ces derniers jours et dont certaines pages à vocation culturelles font leurs choux gras et nous entretiennent à l’envi ? La subvention au compte- gouttes des troupes de théâtre? Une loi sur le prix des livres? La mise en oeuvre d’un projet de création d’un Centre national des arts et des lettres, recommandées, il y a des lustres, lors d’un colloque organisé à Taroudant par un volubile ministre de la Culture du temps où il était en charge d’affaires moins extraverties? Non, la bataille d’Hernani qui dévaste notre enchanteur paysage artistique oppose un interprète de variété au discours indigent et un obscur producteur de chansonnettes à propos d’une pub sur un paquet de thé. Le fond du problème est une question de droit à l’image selon le premier et un malentendu autour d’une somme d’argent d’après le second. Des trucs de sponsoring et de gros sous en somme. Rappelons pour ceux qui étaient sur l’autre débat relatif au paysage audiovisuel marocain que cette tempête médiatique dans un verre de thé se passe sur fond de chants mystiques (soufi) d’un album intitulé Al Mounfarija. On sait depuis un certain temps comment la religion se transforme vite en fonds de commerce : mode vestimentaire dite islamique, babioles et autres bondieuseries ; banques, charcuterie et cola «religieusement» labellisés. Le marketing halal n’a pas eu besoin des grands communicateurs pour se répandre parce qu’il est adossé à plus fort que la Com’ : le flux tendu des croyances et cette vague d’islamitude qui traverse l’air du temps. On découvre aujourd’hui, mais pas seulement avec cette histoire de thé, que même le mysticisme est investi et que, du soufisme, il est des margoulins qui ne retiennent que la première syllabe. Parce que chez ces gens- là, monsieur, on ne prie pas, on compte ses sous.
Autre nouvelle du front culturel arabe mais au Moyen- Orient cette fois-ci. Breaking news sur la chaîne Al Jazira. Il s’agit du débat autour de la dernière décision de la speakerine algérienne de la chaîne qatarie, Khadija Benguenna, de mettre le voile. Non, elle n’en a mis qu’un seul et elle n’a pas filé à l’anglaise. Elle a juste mis un hijab dit islamique, mais comme aucune femme de cette chaîne ne porte de foulard, à l’antenne tout au moins, il y a photo dans la presse et, ipso facto, débat artistico-intellectuel. Il est vrai que la reconversion vestimentaire de cette speakerine, au visage avenant, qui présentait, en plus du JT, une émission féminine où elle apparaissait bien coiffée et maquillée selon les normes laïques comme dirait Sarkozy , avait de quoi surprendre. Mais on peut penser aussi que dans le monde arabe, et au Maroc notamment, il y a des questions plus importantes à régler et à débattre que le fichu d’une speakerine et la tronche d’un chansonnier sur un emballage de thé.
Certes, comparaison n’est pas raison comme on dit alors qu’il faut parfois voir ce qui se passe dans le reste du monde, ne serait-ce que par curiosité malsaine. Alors brève et rapide revue de presse de la même semaine mais sur d’autres journaux dits occidentaux (comme si le Maroc avait des frontières avec le Yémen). On pouvait lire des débats autour de quelques initiales qui à elles seules résument et annoncent tout un pan de l’avenir d’une population : LMD et ADSL. Les premières lettres concernent les équivalences des diplômes français en Europe : Licence, Master et Doctorat. Une réforme est en cours en France et elle suscite un débat dans le monde de l’éducation entre les tenants et les pourfendeurs des différents changements qu’elle apporte. Quant à l’ADSL, c’est rien, c’est juste une nouvelle technologie (assymetric digital subscriber line) sur le point d’être mise à la disposition du public et qui sert déjà à véhiculer l’internet à haut débit et à petit prix mais qui peut aussi diffuser la télévision sur réseau téléphonique en cuivre. Il y a bien entendu débat car les enjeux sont énormes. Voilà, c’est tout.
Mais qui est donc ce théologien musulman qui, chaque fois qu’on lui rapportait les dernières inventions scientifiques occidentales, répondait: «Louange à Allah pour avoir mis les “Nassara” (Nazaréens ou chrétiens) à notre service afin que nous nous consacrions à la prière.» ?