Revue de paresse et coupures de presse

Quoi ! On découvre un Casaoui, un Bidaoui de souche, dont l’à¢ge remonte à  600 000 ans, et ça n’intéresse personne ? Mais cela remet tout en cause : la ville la plus récente du Maroc, les gens de Casa qui n’ont pas d’histoire, le patrimoine qui remonte à  la colonisation,
et que l’homme de Casablanca, c’est Humphrey Bogart, et tant d’autres idées reçues.

Cela va faire un bail que l’on n’a pas procédé à  une petite revue de presse pour le rire et pour le meilleur. Il est vrai que l’on trouve des choses épatantes à  travers la lecture des journaux, d’ici et d’ailleurs. Et j’avoue qu’il m’arrive souvent de découper articles et brèves, parfois même à  la main – car on ne se balade pas tout le temps avec une paire de ciseaux -, dont je ne sais quoi faire.

Les coupures s’entassent et jaunissent inutilement au fond d’un cartable alors que leur contenu n’est pas dépourvu de valeur, ne serait-ce qu’humoristique, pour peu que l’on s’y arrête un petit moment pour les commenter librement.

Car le commentaire est libre, surtout lorsque l’information est sucrée. Et puis un jour, alors qu’on décide de tout jeter dans ces grands ménages de la paperasse qui font du bien mais prennent du temps, voilà  que l’on tombe sur des infos qui n’ont pas pris une ride.

Mieux : elles sont encore plus d’actualité. Comme quoi, si l’histoire se répète, l’info, elle, se reproduit à  l’identique. Les cas de figure sont si nombreux qu’il faudrait tout le journal pour en citer quelques-uns.

Aujourd’hui, après avoir jeté une grande partie de cette documentation de l’éphémère, on va juste revisiter des coupures récentes, dont une pub pleine page publiée par le journal Le Monde. Un gros titre : «Les pauvres sont dégueulasses.

Ils polluent», puis, ce sous-titre qui introduit un texte court : «Le droit à  la voiture propre». Il s’agit en fait d’une publicité institutionnelle d’une union des sociétés françaises de location de véhicules qui exhorte les pouvoirs publics à  accorder une prime à  la casse pour aider les automobilistes fauchés à  acheter ou louer des voitures neuves et donc moins polluantes.

Tout cela part d’une bonne intention – encore qu’elle soit trop intéressée pour être tout à  fait sincère -, mais alors, qu’est-ce que les pauvres ont à  gagner dans cette affaire en se faisant traiter de «dégueulasses» ? C’est du second degré, diraient les concepteurs et marketeurs qui ont de la culture (ont-ils lu le regretté Reiser et son bouquin Les pauvres sont cons?), le sens de l’humour et celui des droits de l’homme.

Ils ont ajouté à  la Déclaration universelle des droits de l’homme le droit à  la voiture propre pour tous. A quand le droit à  une 4X4 pour tous et du super pour 3 x rien ?

Autre coupure de presse récente, même si son objet est on ne peut plus daté : «L’homme de Casablanca aurait 600 000 ans». L’info publiée par le quotidien Al Bayane paraissant, précisément, à  Casablanca, fait état de la mise au jour par une équipe de l’Institut national des sciences de l’archéologie et du patrimoine d’un reste humain fossile, soit «une mandibule complète avec la presque totalité de la dentition».

Et, photo couleurs à  l’appui, on peut voir en effet l’état presque parfait d’une mâchoire et de quelques molaires, plus une dent de sagesse, ce qui est normal vu l’âge respectable du bonhomme. Citant une responsable des fouilles, le journal indique que ce fossile appartient à  la variété maghrébine de l’Homo erectus, à  savoir l’Homo mauritanicus. Une info de cette taille devait susciter quelques commentaires de la part des gens de Casablanca, de la presse.

En fait, rien. Même nos amis de la société civile, si prompts à  subodorer des charniers aux relents des années de plomb dans le moindre ossement humain, n’ont pas relevé cette mise au jour. Quoi ! On découvre un Casaoui, un Bidaoui de souche, dont l’âge remonte à  600 000 ans, et ça n’intéresse personne ? Mais cela remet tout en cause : la ville la plus récente du Maroc, les gens de Casa qui n’ont pas d’histoire (ils n’ont que des histoires), le patrimoine qui remonte à  la colonisation, et que l’homme de Casablanca, c’est Humphrey Bogart et tant d’autres idées reçues. Visiblement, la découverte n’intéresse personne, à  part les archéologues. La presse creuse d’autres sujets, tartine sur d’autres hommes de Casablanca, aux dents plus longues et aux mâchoires plus acérées.

Dernière coupure de presse avant la fermeture et pour la route. L’agence UPI qui adore ce genre d’infos insolites cite le journal chinois China Daily, lequel rapporte l’histoire d’un villageois dont la poule pondeuse s’est transformée en coq.

Le journal précise que la poule pondait tous les jours pendant des mois, mais, un beau matin, dès l’aube, elle s’est mise à  chanter comme un coq, en chinois cela va sans dire.

Un expert agronome du coin, cité par le journal, explique cette transformation par un dérèglement hormonal doublé d’un changement dans la nourriture de l’ex-poule pondeuse. Avec tout ce qu’on donne à  bouffer aux bêtes de nos jours, il ne faut pas s’étonner si les poules se réveillent un matin avec les mêmes dents que l’homme de Casablanca.