Réapprendre la lenteur

C’est une vieille idée et pourtant elle se présente à  nous comme une idée neuve.

C’est une vieille idée et pourtant elle se présente à nous comme une idée neuve. Il est aisé de la résumer : si on voulait réinventer la vie, il faudrait réapprendre la lenteur. C’est un peu grossier, mais c’est une vue qui transparaît dans le discours de la critique sociale ou de la décroissance. Prisonniers du court terme, enfermés dans la cage de fer du turbo-capitalisme, possédés par la soif du changement, flexibles à souhait, nous serions devenus des joueurs qui jonglent avec le temps, incapables de diriger notre vie, d’en reconstituer la trame ou de se laisser porter par elle. Selon l’urbaniste français Paul Virilio, l’histoire se referme et les individus se recroquevillent dans une mobilité forcée, contre tout espoir. Tel serait le véritable paradoxe de l’accélération. Il nous révélerait une connivence secrète entre l’agitation de surface et l’immobilisme, le mouvement et l’inertie, l’enthousiasme et l’ennui, ces deux modes opposés de la dissolution de l’histoire. Le changement rapide serait aujourd’hui perçu comme ce que Virilio nomme une «immobilité fulgurante». Décidément, le temps passe trop vite. Nos vies ne sont plus synchrones. L’histoire n’arrive plus à se dépasser. «Elle s’ensevelit dans son propre effet immédiat», écrivait déjà Jean Baudrillard, en l’an 2000. Pour nous tirer d’affaire, rien de plus indiqué que le recours à une valeur longtemps piétinée : la lenteur.