Quand le froid fait perdre le nord aux Suédois

Un lointain pays nordique qui ne présente pas d’enjeu économique majeur pour le Maroc. La justesse de notre cause passe avant tout… En revanche, dans le commerce bilatéral, c’est bien la Suède qui tire profit du Maroc et pas le contraire avec un excédent de 14 milliards de DH en sa faveur sur les 5 dernières années.

Etrange, inexpliquée, voire insensée ! C’est le moins qu’on puisse dire de la posture prise récemment par la Suède dont le gouvernement a programmé de faire voter au Parlement une proposition de loi devant conduire à la reconnaissance de l’entité fantoche qu’est la RASD. Certes, ce pays scandinave loin de nous est connu pour avoir toujours cédé de manière naïve aux thèses, même erronées, des groupes à travers le monde pourvu qu’elles aient une connotation en relation avec les droits de l’homme. L’on peut expliquer de telles positions par de quelconques enjeux géopolitiques. Mais il se trouve que dans le cas de figure, la Suède n’a jamais été un acteur particulièrement présent dans notre région. Pour autant, que ce soit de la naïveté, de la méconnaissance ou de la manœuvre politicienne de bas de gamme, le résultat est le même quant au caractère hostile de la décision de l’Etat suédois. Ce dernier, d’ailleurs, n’en est pas à son premier acte d’hostilité envers le Maroc. Faut-il rappeler l’acharnement presque récurrent des Suédois à chaque fois que le Maroc s’apprête à reconduire ses accords de pêche avec l’Europe? Faut-il rappeler les campagnes de dénigrement répétitives à Stockholm contre l’importation de produits agricoles marocains ? Une hostilité, de surcroît, gratuite puisque le Maroc, lui, est toujours resté attaché à des valeurs universelles de respect mutuel, de légalité et de partenariat serein et responsable. Les Suédois ont toujours trouvé une terre d’accueil au Maroc.

Volvo, Ericsson, Tetra Pak, ABB ou encore Scania. Autant de marques, et donc d’entreprises, suédoises qui font depuis des années du bon business au Maroc. Certaines d’entre elles sont même installées chez nous depuis les années 50 du siècle dernier et ont fort bien prospéré. Un demi-siècle est probablement suffisant pour se faire une opinion sur l’environnement des affaires au Maroc et sur le degré d’ouverture de son économie. Mais visiblement, chez les Suédois, ça communique mal entre la communauté des affaires et la classe politique puisque cette dernière fait preuve d’une méconnaissance flagrante des réalités de la région et de notre pays. En atteste la dernière décision du gouvernement de Stockholm de programmer, en vue d’un vote au Parlement, une proposition de loi devant conduire à la reconnaissance d’une entité fantomatique qui s’appelle la RASD.  Et les entreprises suédoises installées au Maroc ne sont pas les seules à faire de bonnes affaires. Quand on examine les chiffres des échanges entre le Maroc et la Suède, un premier constat saute aux yeux : sur les cinq dernières années, la balance est très nettement favorable aux Scandinaves.

Sur la période allant de 2011 à fin juin 2015, le Maroc a acheté à la Suède pour l’équivalent de 16 milliards de DH. A l’opposé, la Suède, elle, a importé du Maroc à peine pour 2,6 milliards de DH sur la même période. Résultat : une balance largement excédentaire en faveur de ce pays nordique pour 14 milliards de DH. En d’autres termes, le commerce bilatéral avec la Suède nous a coûté 14 milliards de DH sur les cinq dernières années. Nous sommes donc bien loin de l’esprit gagnant-gagnant et de l’équité.
 On l’aura compris, les Suédois ne sont certainement pas les meilleurs clients des produits «made in Morocco». C’est encore plus le cas quand il s’agit de denrées comme le poisson par exemple ou les produits agricoles. D’ailleurs, on est habitué à voir de manière épisodique des ONG suédoises monter au créneau pour mener des campagnes féroces appelant au boycott des produits pêchés dans les eaux bien marocaines. Mais l’Etat suédois, lui-même, a fait encore plus fort quand, il n’y a pas si longtemps, il a eu cette idée «ingénieuse» de poursuivre une entreprise qui importait des produits agricoles du Maroc.

 Pourtant, le Maroc, fidèle à sa doctrine légaliste basée sur le respect mutuel, l’ouverture et la main tendue, a toujours veillé à faire preuve de pragmatisme et d’esprit de discernement vis-à-vis de ce royaume nordique. C’est ce qui a permis aux entreprises suédoises de continuer à prospérer chez nous. Et la dernière en date n’est autre que le spécialiste des meubles en kit, Ikea, qui s’apprête à ouvrir son premier magasin au Maroc.
 Cependant, cette ouverture du Maroc n’est pas l’expression d’une position de faiblesse. Loin de là, car il faut donner à chaque chose sa vraie dimension. La Suède, ce pays froid et lointain, n’est certainement pas un partenaire stratégique pour le Maroc. La Suède n’est ni la France, ni l’Espagne ou l’Allemagne. Cesser de commercer avec la Suède ferait d’abord économiser au Maroc
14 milliards de DH sur la balance commerciale. Ce n’est pas rien !

D’un autre côté, si les entreprises suédoises réalisent de bonnes affaires au Maroc, elles ne sont pas plus d’une vingtaine en tout et pour tout et l’investissement direct suédois au Maroc n’est en rien comparable à celui réalisé par des opérateurs d’autres pays. La preuve par les chiffres : en l’espace de cinq ans, de 2009 à 2013, les entreprises suédoises ont investi chez nous pour l’équivalent de 1,1 milliard DH. Un chiffre qui peut paraître ridicule comparé aux 69 milliards de DH investis par les entreprises françaises, les 20 milliards des entreprises émiraties ou même les 8 milliards DH injectés par notre voisin direct l’Espagne. Nos amis suédois doivent certainement réaliser que, tout compte fait, ils sont bel et bien les premiers à tirer bénéfice de leurs relations avec le Maroc et pas le contraire.
Qu’en serait-il alors si demain des ONG marocaines s’inspiraient des méthodes de leurs homologues suédoises et appelaient au boycott des voitures, de meubles, d’emballages et d’autres produits, appareillages ou équipements made in Sweden ?

Ce n’est certainement pas l’économie marocaine qui en mourrait. En revanche, si les entreprises suédoises doivent demander des explications ce serait plutôt à leurs politiques et gouvernants quant à leur dernière décision de faire passer au vote une proposition de loi qui touche directement le Maroc dans son intégrité. On serait d’ailleurs curieux d’entendre leurs justifications. Certains diront que la position de la Suède est connue depuis plusieurs décennies, ce pays s’étant taillé une réputation de défenseur des droits de l’homme. Il se trouve que sur ce registre précisément, les Suédois eux-mêmes conviendront que s’il y a un pays dans la région qui n’a de leçons à recevoir de personne c’est bien le Maroc. Si ce n’est pas dans un esprit de militantisme naïf, la posture de la Suède pourrait alors s’expliquer par d’autres intérêts. Mais l’on se demande bien quels enjeux géopolitiques pourrait avoir un pays nordique lointain dans une région où il est très peu présent et qu’il ne connaît que très peu. Il reste alors une scabreuse hypothèse de calculs et d’alliances circonstanciels selon laquelle la Suède, briguant actuellement un siège au sein du Conseil de sécurité, croirait pouvoir rallier des voix en Afrique à travers sa reconnaissance de la RASD. Mais ce ne serait là qu’une autre preuve encore plus accablante de leur parfaite ignorance des nouvelles réalités de notre région et du continent africain. Evidemment, tout comme il a toujours choisi la voie de la sagesse, le Maroc a démontré à plusieurs reprises, et même récemment, qu’il sait se faire entendre et respecter quand il est question de son intégrité même en présence d’enjeux économiques importants. A fortiori quand il s’agit d’un pays qui ne présente strictement aucun enjeu majeur.