Pour une politique de croissance alliant liberté et responsabilité sociale

Pour surmonter la situation de régression sociale et culturelle qu’il connaît, le Maroc doit favoriser le développement d’une économie libérale, socialement responsable, tendant vers plus d’émancipation, de responsabilité, moins de bureaucratie et plus de décentralisation.

En ce début du XXIe siècle, le Maroc, malgré des acquis substantiels au plan politique et économique, présente tous les stigmates de la régression sociale et culturelle. Les exclusions se sont exacerbées, plus de la moitié de la population est analphabète, le degré et le niveau de formation de l’autre moitié sont inadaptés aux besoins socio-économiques, plus de 30 % des Marocains subissent un chômage avilissant, la pauvreté et la misère s’étalent et envahissent les rues des villes et des villages, la femme, malgré tous les progrès, se voit quotidiennement l’objet des assauts des obscurantistes qui veulent la priver de ses droits humains, le système de santé est quasi inexistant pour l’immense majorité de nos citoyens, l’anarchie des prix est la règle et l’absence de tout contrôle en est le corollaire, affectant sérieusement le pouvoir d’achat des ménages modestes, le désespoir est au summum et se traduit par de multiples tentatives d’émigration clandestine qui finissent souvent par des drames…
Les distorsions entre les catégories sociales se sont aggravées, l’absence d’une classe moyennement performante et présente et la faible santé des PME sont autant de manifestations de l’inadéquation du modèle de croissance économique et de développement social suivi.
Pour surmonter tout cela et réunir les conditions d’une nouvelle dynamique aux plans économique, social et culturel, le pays doit se doter de structures et moyens de production modernes, agissant dans le cadre et avec des institutions susceptibles d’engager leur responsabilité, garantissant les droits humains fondamentaux : conditions de vie décentes, droits au travail, à l’éducation, à la santé, à la culture, aux loisirs, à la justice, aux libertés…
Aucun progrès politique, et encore moins économique, ne peut être réalisé sans la garantie de ces droits, dans le cadre d’une véritable démocratie sociale dont les fondements sont la liberté, la solidarité et la responsabilité.
La liberté est le fondement de tous les progrès économiques. L’économie de marché, dont le moteur est la libre entreprise, s’est imposée depuis 1989 comme le seul cadre dans lequel l’accroissement de la richesse et du bien-être est possible. Le renforcement de l’économie de marché par des réformes tant administratives que réglementaires, législatives et fiscales afin d’assurer à la libre entreprise les conditions normales de la compétitivité est donc un impératif.

L’Etat ne doit plus intervenir en agent économique et investisseur mais en régulateur
Se pose alors la question du rôle de l’Etat. Les choix de la société de marché imposent un désengagement de l’Etat en tant qu’agent économique réalisateur d’investissements et gestionnaire d’entreprises. L’Etat doit assurer le rôle de régulateur en agissant sur les distorsions nées des mécanismes du marché (formation des prix, salaires, loyers, dividendes, taux d’intérêt…)
L’Etat devra réformer les structures de l’Administration, moraliser les relations de celles-ci avec les agents socio-économiques et la transformer en un instrument régulateur au service des ménages et des forces de production. Il doit aussi promouvoir de nouveaux acteurs et de nouvelles idées en vue de mener de nouvelles politiques pour un Etat fort et une économie libérale socialement responsable.
Il faut sortir complètement de l’économie administrée parce qu’elle est économiquement destructrice et socialement aliénante.
Il faut admettre que l’initiative libre et l’ouverture ne rendent pas impuissants l’Etat et les mouvements sociaux. La réalité peut être abordée à travers trois idées force qui constituent les fondement des nouvelles approches du développement :
1 – Il peut être créé une société d’essence libérale, mue et dynamisée par les marchés, conçus comme un ensemble de tendances, toutes importantes mais peu solidaires les unes des autres car concurrentes, ce qui laisse une large place aux interventions de politiques économiques de portée régulatrice et peu contraignante.
2 – Il existe des possibilités collectives de transformer la société et d’instaurer de nouvelles formes de contrôle social de l’économie.
3 – Ce travail de restructuration suppose une complémentarité – non dépourvue de tensions et de conflits – entre actions sociales et interventions politiques, ce qui nécessite l’entretien de la dialectique entre les formes de la société libérale et les possibilités collectives de transformation des structures sociales en tant que processus de libertés responsables et de solidarité agissante.
En définitive, le soubassement politique et idéologique qui doit sous-tendre une économie libérale, socialement responsable, dans un Etat fort, est la transformation des paroles en actes pour réduire le plus possible la distance qui sépare les luttes sociales et les mesures concrètes des programmes politiques.

Le budget de l’Etat ne doit plus constituer le seul pôle de la politique économique
Ce sont les valeurs fondamentales en vue d’une société libérale socialement responsable pour une société solidaire et en développement durable qui doivent sous-tendre le projet de société. Une économie libérale socialement responsable est le fruit d’une vaste action réformiste qui devrait s’inscrire dans la dynamique à impulser aux acteurs socio-économiques pour plus d’émancipation, plus de responsabilité, moins de bureaucratie et plus de décentralisation. Les critères de gestion macro-économique ne doivent plus constituer des obstacles mais des moyens pour l’amélioration du bien-être collectif.
Dans l’approche des critères de gestion macroéconomique, une rupture paraît évidente. La conception de la politique budgétaire et de la politique monétaire doit se situer dans un champ nouveau de macro-analyse. On doit se demander comment les conceptions actuelles du déficit budgétaire et de son financement peuvent être en phase avec les circuits monétaires des dépenses et des recettes de l’Etat. Le déficit du budget est une différence comptable entre dépense initiale et revenus d’impôts de la période courante. Il ne peut être considéré que comme une identité comptable ex-post. On est dans le cas où un revenu ex-post sert à financer une activité ex-ante. Ce n’est possible que si le revenu monétaire est d’abord dépensé avant d’être collecté en revenus d’impôts.
La dynamisation de l’économie par les mécanismes du marché exige que le budget de l’Etat ne constitue plus le seul pôle de la politique économique. L’Etat est un agent économique au même titre que les autres (ménages, entreprises et reste du monde). Ces quatre composantes des circuits économiques globaux réel et monétaire doivent jouer des rôles complémentaires et interactifs dans la conception de la stratégie économique de croissance et de développement et, pour ce faire, il faut commencer par réduire le poids du budget dans le PIB, actuellement de 35 à 40%, et qui devrait être ramené à une norme viable de 30%. A cet égard, il faudra :
– alléger le poids de l’administration centrale dans la gestion économique et sociale. La décentralisation devrait se traduire par un déplacement des effectifs et donc des charges, vers les régions et les collectivités locales ;
– rationaliser les dépenses publiques notamment les charges salariales dont le niveau actuel ne permet pas un rôle efficace de la politique budgétaire;
– poursuivre avec discernement le mouvement de privatisation et de concession des services publics afin de générer de nouvelles niches de recettes fiscales ;
– repenser les structures gouvernementales, ministérielles et administratives afin de pouvoir réaliser des économies substantielles.
La politique économique, à travers toutes ses composantes – budgétaire, monétaire, structurelle, de l’emploi et de l’action sociale -, doit converger vers la réalisation des conditions permettant le fonctionnement rationnel des différents marchés : biens et services, monnaie et capitaux, travail