Pépites du Casa-Marrakech

Alors que le roulement régulier du train portait à  la somnolence, des coups sur une porte accompagnés d’appels insistants se sont faits entendre. Une personne serait-elle restée bloquée dans les toilettes ? Je prends sur moi d’aller voir ce qui se passe. Et là , surprise ! Il y avait bien quelqu’un qui appelait à  l’aide mais ce n’était pas pour sortir des toilettes : c’était pour entrer dans le train ! Deux ados étaient accrochés à  la barre extérieure d’une des portières et imploraient qu’on la leur ouvre.

Ce samedi matin, au départ de Casablanca, le train rapide à destination de Marrakech a été d’une ponctualité exemplaire. Prévu à 6 h 59, il faisait son entrée en gare à sept heures tapantes, pour embarquer son flot de voyageurs. Une agréable surprise qui laissait augurer d’une arrivée à l’heure. Il faisait bon, le premier arrêt était dans les temps, le deuxième arrêt idem et le compartiment impeccable. Bref, un voyage qui se déroulait dans les meilleures conditions. Mais, alors que le roulement régulier du train portait à la somnolence, passé Settat, des coups sur une porte accompagnés d’appels insistants se sont faits entendre. Une personne serait-elle restée bloquée dans les toilettes ? Je prends sur moi d’aller voir ce qui se passe. Et là, surprise ! Il y avait bien quelqu’un qui appelait à l’aide mais ce n’était pas pour sortir des toilettes : c’était pour entrer dans le train ! Deux ados étaient accrochés à la barre extérieure d’une des portières et imploraient qu’on la leur ouvre. Avec le train qui filait à toute allure, ouvrir la portière, par ailleurs verrouillée, risquait de les projeter dans le vide. D’un autre côté, impossible de les laisser là. Course donc à la recherche du contrôleur pour l’informer de la situation. Mais, à l’autre bout du compartiment, nouvelle découverte !

Dans l’espace de raccordement  entre la locomotive et le premier wagon, une demi-douzaine d’autres gamins se serraient comme des sardines. Ils étaient ainsi plus d’une dizaine de jeunes resquilleurs qui étaient là à risquer leur vie pour se rendre à Marrakech où le coup d’envoi du match de foot Maroc-Mozambique devait être donné à 19 heures. Le train a dû s’arrêter pour faire rentrer tout ce petit monde. Nous ne sommes pas arrivés à l’heure comme espéré mais avec des gamins en vie. Des gosses prêts à tout pour assister à un match de foot, même à y laisser leur peau.

Retour de Marrakech, 15 heures. Il fait 35° à l’ombre. On monte dans le wagon… pour en redescendre aussitôt. Il fait plus chaud dedans que dehors ! Il s’agit pourtant de la première. Un technicien s’affaire sur les manettes d’un panneau. «Ça va pour la clim», lui demande-t-on quelque peu inquiet. «Ça va», répond-il, laconique. On insiste. «Elle marche ?» «Elle va marcher» dit l’homme en refermant le panneau et en quittant le train. Celui-ci s’apprêtant à démarrer, il faut se décider à rejoindre sa place. La cabine, dont tous les sièges sont occupés, est un vrai four. On se rassure en se disant que de l’air frais ne va pas tarder à être impulsé. Mais le train prend de la vitesse sans que rien ne se passe. Les visages commencent à virer au rouge. Le contrôleur  arrive. A son tour, il ouvre le panneau d’électricité, joue avec les manettes puis passe un appel au central. Là, quelqu’un lui explique les manœuvres à faire à l’issue desquelles il vérifie si la sortie d’air s’effectue. Il y a bien de l’air qui sort, mais de l’air chaud ! Ce n’est pas la clim qui fonctionne mais le chauffage. Et pas moyen de l’arrêter ! Plutôt que d’attendre un improbable résultat, l’auteure de ces lignes part à la recherche d’une place plus fraîche ailleurs. Heureusement, dans le wagon suivant, la clim marche et il reste quelques sièges libres. Le voyage démarre donc par ce désagrément. Mais la clim ne sera pas la seule à faire des siennes. Alors que le train s’apprête à rentrer en gare de Settat, voilà que l’on annonce Berrechid. Dans le compartiment, on se regarde et on sourit. Mais, bientôt, ce sera l’hilarité générale. En effet, à chaque arrêt suivant, la voix d’hotesse enregistrée sur la bande annonce remplit l’espace pour faire défiler les stations en accéléré. Et, jusqu’à l’arrivée à Casablanca, personne pour se soucier d’y mettre un terme. Tout le monde a une pensée émue pour les malheureux étrangers qui, croyant descendre à Rabat, vont se retrouver à Berrechid !

Au cours de ce Marrakech-Casa, il n’y eut cependant pas que la technique à faire des siennes. Côté voyageurs, ce fut pas mal non plus. Ainsi de cette déconvenue subie par le malheureux contrôleur. Echouant à réparer la clim, il s’était soucié de ramener une femme enceinte dans le compartiment climatisé et de lui ouvrir une cabine encore fermée. Or, en guise de remerciements, qu’a-t-il reçu ? Une volée de bois vert de la part de l’intéressée… parce qu’il ne l’avait pas fait plus tôt ! Ou encore, de ce voyageur qui, monté à Settat, trouve sa place de première occupée par les jambes d’une de nos grandes comédiennes du théâtre. Lui demandant poliment de les retirer pour lui permettre de s’asseoir, il se fait rabrouer par cette dernière qui lui répond qu’il n’en est pas question. Et quand il lui dit qu’elle l’oblige ainsi à faire le voyage debout alors qu’elle prend deux places, notre star de lui rétorquer qu’il n’a qu’à s’asseoir sur sa valise !

Entre des gosses qui risquent leur vie pour voir un match de foot, une clim qui chauffe, une bande annonce qui s’affole et le culot éhonté d’une vieille star, ce Casa-Marrakech a été tout sauf monotone. Et ses cocasseries parfois plus parlantes que bien des analyses.