On veut croire à  la croissance mais difficile de parier sur sa pérennité

L’environnement économique n’a pas contribué à augmenter les profits
des entreprises, dont l’endettement semble s’être accru. Leur charge financière est lourde et leur capacité à mobiliser des financements pour
de nouveaux investissements s’est émoussée. La faiblesse des créations d’emploi risque donc de perdurer.

Prudence, prudence. Difficile, par les temps qui courent, de trouver un économiste ou un politique résolument optimiste pour l’avenir de la croissance de l’économie nationale. Depuis quelques années, le Maroc ne s’en sort pas trop mal, avec une pluviométrie favorable et une demande externe qui tire la dynamique de la production vers le haut. Dans un nouveau contexte international perturbé par la flambée des cours du pétrole, tout ne plaide pas en faveur d’une grande performance cette année. D’autant que, pour l’instant, on ne voit rien venir sur le plan interne. En particulier du côté des entreprises, dont la dynamique d’investissement est présentée comme la clé de la réussite. Face à cette incertitude, le gouvernement veut continuer à croire à une bonne tenue de l’économie. Il vaut mieux, sinon il ne pourra pas tenir ses promesses. Il a décidé de faire le pari d’une croissance soutenue. Bien que le solde budgétaire soit dans le rouge, du fait des contraintes des ressources publiques et de différentes mesures prévues qui vont dans le sens d’un accroissement des déficits. Pour éviter les accusations d’une dérive dans la gestion, le gouvernement veut afficher une confiance à toute épreuve dans les perspectives de la croissance. A-t-il raison d’y croire ?
Examinons les données en présence. La progression des salaires de quelques catégories sociales (fonctionnaires, cadres…) peut contribuer à soutenir le revenu, et donc les dépenses des ménages. Et comme leur taux d’épargne est élevé, ces foyers disposent d’une réserve de soutien à la consommation. Mais du fait de la valse des étiquettes que peut provoquer la hausse des prix de l’énergie, nombre de produits de grande consommation vont voir leur prix grimper. Cela risque de peser sur la consommation. De plus, tout reste suspendu au comportement de la demande des ménages ruraux. On ne peut se prononcer sur sa tendance tant que les conditions climatiques n’ont pas donné de signes probants. Il est donc difficile d’afficher une confiance accrue dans la demande interne. Bref, du côté de la consommation, la conjoncture est fragile, mais laisse supposer que les choses devraient aller en s’améliorant. Du côté des entreprises, la situation n’est pas plus claire. Les chefs d’entreprise suivent avec intérêt l’évolution du comportement des ménages qui achètent leurs produits. De ce côté-là, nous l’avons vu, les nouvelles sont incertaines. Sur le front international également: l’économie européenne, notre principal débouché, semble donner des signes de vigueur retrouvée. Du coup, on suppose que les exportations seraient plus dynamiques. Or, l’appréciation de l’euro face au dollar joue défavorablement sur la compétitivité de nos ventes extérieures. Nous avons perdu des positions de marché sur nos produits classiques. Et notre économie ne diversifie pas suffisamment son offre à l’exportation. Toutefois, en diminuant le coût des produits importés, l’appréciation de la monnaie européenne contribue à calmer les tensions inflationnistes, incitant Bank Al Maghrib à ne pas remonter ses taux d’intérêt.
De plus, les entreprises marocaines n’ont pas surinvesti ces dernières années. Elles ont même besoin de rattraper leur retard en la matière. Il est clair que l’environnement économique n’a pas vraiment contribué à augmenter les profits des entreprises. Leur endettement semble même s’être accru. Si leur situation financière n’est pas très inquiétante, leur charge financière est lourde et leur capacité à mobiliser des financements pour de nouveaux investissements s’est émoussée. La faiblesse des créations d’emploi risque donc de perdurer. Au vu de ces données, on comprend pourquoi les décideurs veulent croire au potentiel de croissance de l’économie nationale. Tout en affichant la prudence, car aucun indicateur ne permet pour l’instant d’anticiper une reprise de l’investissement des entreprises, moteur essentiel de la consolidation attendue. Ces dernières restent hésitantes et, de ce fait, l’incertitude sur la pérennité de la croissance demeure. Dans ces conditions, on ne peut guère parier aujourd’hui sur une croissance forte et durablement élevée. C’est pourtant le seul scénario qui permettrait au gouvernement de tenir toutes ses promesses.