Mystère de la création

A nouveau, le cinéma iranien a été honoré par le festival de Cannes.

A nouveau, le cinéma iranien a été honoré par le festival de Cannes. Cette fois, par la remise du prix d’interprétation féminine à Bérénice Bejo, pour sa prestation bouleversante dans «Le passé», de Asghar Farhadi. C’est devenu une heureuse habitude depuis le mythique et rebelle Abbas Kiarostami. Qu’un cinéma tenu sous haute surveillance par une mollahocratie susceptible s’impose, pendant que les pays libéraux récoltent peau de balle et balai de crin, ne manque pas d’épaissir le mystère de la création. Ne s’exalterait-elle que dans les fers ? Faudrait-il brider le créateur pour que son inspiration se débride ? Sans pousser le paradoxe jusqu’à postuler une corrélation entre créativité et liberté muselée, force est de rappeler que les plus belles pages de la littérature planétaire ont été composées à l’ombre. Voltaire n’aurait pas été Voltaire sans ses multiples séjours à l’accueillante Bastille. Grâce aux huit ans de bagne dont le gratifia l’immonde Staline, Soljenitsyne eut largement le temps d’imaginer sa poignante «Journée d’Ivan Dennissovitch». Ismaïl Kadaré donna le meilleur de lui-même sous la dictature albanaise. Quant au poète Abdellatif Laâbi, il conçut son lumineux «Chemin des ordalies» dans l’intimité aphone d’une cellule de la prison de Kénitra. Autant d’exemples qui tendraient à penser que le créateur aurait besoin d’oppression pour s’envoler.