Mieux armer les jeunes diplômés

Diplôme en poche, comment s’annonce la vie active ? Toutes les enquêtes qui se sont penchées sur le devenir des jeunes diplômés sont catégoriques : la grande majorité d’entre eux éprouvent de sérieuses difficultés d’insertion. Une très petite minorité trouve son premier emploi en moins de six mois. Les conditions d’embauche s’avèrent précaires : pour les jeunes diplômés, premier emploi rime avec contrat à durée déterminée, et le statut de cadre est de moins en moins souvent la règle.

Certes, l’emploi se raréfiant, on observe une tendance à la surqualification qui dévalorise le diplôme et entretient un sentiment d’inutilité du cursus scolaire. Pour un diplôme donné, les jeunes qui arrivent sur le marché du travail ont tendance à accepter des rémunérations de plus en plus faibles pour des postes de moins en moins qualifiés. Mais, à ce jeu-là, les mieux dotés s’en sortent tout de même moins mal. La probabilité de se retrouver au chômage ne reflète pas parfaitement la hiérarchie scolaire. Au premier trimestre 2007, 19,7 % des actifs détenant un diplôme étaient au chômage, contre 5,1 % pour ceux qui n’en possédaient pas.

Toutefois, le diplôme reste un atout crucial pour s’insérer dans le monde du travail. La course au diplôme sert-elle encore à quelque chose quand les créations d’emplois se font de plus en plus rares ? Oui. Disposer d’un bon niveau initial reste un atout indispensable pour s’insérer dans le monde du travail. Les emplois de cadres sont largement réservés à ceux qui sortent de l’enseignement supérieur. Les milliers de personnes qui quittent chaque année le système scolaire sans rien en poche se dirigent droit vers des périodes faites d’inactivité, de stages et de petits boulots.

Sésame pour l’emploi, le diplôme est aussi générateur de revenus. Ces deux déterminants principaux de la hiérarchie sociale sont nettement liés. Le nombre d’emplois qui conjuguent niveau de vie élevé et petit diplôme (ou l’inverse) sont rares. Au total, un bon cursus scolaire reste un atout majeur.

Mais tout le monde n’y a pas accès de manière équivalente. Le poids de l’origine sociale demeure très fort. La scolarisation s’est pourtant considérablement développée au cours des dernières décennies. Il y a encore dix ans, seulement une petite minorité des jeunes arrivaient au niveau du Bac. Le nombre d’étudiants a explosé dans les années 90. Le passage par le secondaire s’est élargi. Mais cette démocratisation est récente. Ainsi, si l’on observe la situation des 25-39 ans, la part de bacheliers parmi les enfants de cadres demeure largement supérieure à celle des enfants d’ouvriers. Elle est en outre partielle : plus les filières sont sélectives, plus les enfants de cadres sont surreprésentés.

La pesanteur de l’hérédité sociale se poursuit même une fois le diplôme en poche : sortis de l’école avec un niveau identique, chacun ne dispose pas du même capital pour son entrée dans le monde du travail. Les études sur l’insertion des détenteurs d’un diplôme de niveau Bac + 2 montrent que la probabilité d’atteindre un emploi de cadre est bien plus élevée pour ceux qui proviennent d’une origine sociale supérieure.

D’où vient cette pesanteur ? Il faudrait sans doute y regarder de plus près : il y a Bac + 2 et Bac + 2. Les enfants des milieux favorisés ont sans doute suivi des formations mieux cotées. Mais, en même temps, ils disposent d’avantages culturels extra-scolaires. Compétences acquises hors de l’école grâce au niveau social et culturel de la famille, cercle de relations permettant de disposer de la bonne information sur le marché du travail et d’introductions, un ensemble de facteurs diffus et non quantifiables orientent les trajectoires professionnelles.

Pourquoi les jeunes des milieux populaires peinent-ils plus que les autres à trouver un éventuel emploi ? La pénurie d’emplois et les déficiences de l’intermédiation ne sont qu’une partie de la réponse. Ces jeunes s’entendent sans cesse reprocher par les employeurs de ne pas avoir d’expérience ou le profil «psychologique». La peur de l’entreprise est sans doute un trait qui les touche tous. Peur de la hiérarchie, d’avoir des collègues, des subordonnés, des initiatives à prendre.

Face à un marché de l’emploi difficile, comment mieux armer cette catégorie de jeunes diplômés ? Dans de nombreux pays, des «formations-actions» sspécifiques mettent l’accent sur ce qui manque le plus dans l’enseignement supérieur : les conditions psychologiques de l’immersion dans le monde du travail. Ne peut-on s’inspirer de ces formules qui ont fait leurs preuves ailleurs pour aider nos jeunes diplômés et les mettre en situation de futurs cadres?