Londres ou Casa ?

Arrivé en France comme travailleur émigré dans les années 70, le père a longtemps cru en un retour définitif au Maroc. Mais, après deux tentatives infructueuses, il a enterré le rêve et pris la nationalité française tout en faisant sienne la formule «la France pour tous les jours, le Maroc pour toujours».

Né français, son fils – sa «plus grande fierté» – a opéré le chemin inverse. Il a quitté la France pour s’expatrier en Angleterre, faute de trouver dans l’Hexagone le job auquel ses diplômes universitaires  le mettaient en droit de prétendre. Se bouclait ainsi la boucle de l’histoire paternelle, mais dans le tempo de l’heure. Un tempo qui fait que, sous les effets de la crise, même dans les pays riches, on s’en va pour essayer de trouver ailleurs une herbe plus nourrissante que chez soi.

Comme cet homme de la seconde génération, ils sont un nombre croissant de jeunes cadres français, «d’origine» et de «souche» à opter pour l’expatriation, faute d’emplois à la mesure de leurs attentes dans une France minée par le chômage. Le mal n’est pas que français, d’autres pays européens du Sud le vivent pareillement, mais en tant que Marocains, c’est ce qui se passe sur ce front dans l’Hexagone qui nous concerne le plus. La France abrite l’essentiel de notre diaspora en Europe, elle est le plus grand vivier de compétences MDM en mal de projet professionnel. Or, ces compétences, le Maroc a tout à gagner à les «draguer». Et faire opérer ce «retour», fût-ce symboliquement parlant, jamais réalisé pour leurs pères, du moins pas avant que ces derniers n’aient atteint l’âge de la retraite. Lors des trente glorieuses, les pays européens (France, Belgique, Pays Bas) ont bénéficié dans leur essor industriel d’une main-d’œuvre dans la force de l’âge importée de nos pays, et qu’ils ont eu «fabor». Ce ne sera donc que justice si le Maroc, dans cette jeunesse binationale formée sur les bancs de l’école républicaine, puise aujourd’hui, à son tour, les ressources humaines dont il a besoin pour accompagner son développement économique. Les difficultés économiques de la France ouvrent à notre pays une fenêtre d’opportunité dans laquelle il tente de s’engouffrer. En a-t-il les capacités ? Là est le problème. Pleinement conscientes de l’enjeu, les institutions en charge ou en relations avec les MDM multiplient les efforts dans ce sens, montant avec l’aide des organismes et des associations européennes, des dispositifs d’accompagnement à la création d’entreprise pour les MDM qui souhaitent investir dans le pays d’origine de leurs parents. Mais pour un projet réussi, que d’échecs à la chaîne ! Les difficultés d’adaptation pour ces jeunes nés en Europe sont telles que nombre d’entre eux finissent par jeter l’éponge, échouant à s’acclimater à la mentalité ambiante. Car là où le bât blesse, c’est au niveau des comportements au travail, ce manque de sérieux, de rigueur, cette tendance à la triche, tous ces maux maintes et maintes fois dénoncés sans que l’on puisse en arriver à bout. Et l’on se retrouve avec ce (apparent) paradoxe qui voit des expatriés européens (français surtout) choisir le Maroc pour y écouler leur retraite et s’y dire très heureux, et des binationaux, qui tentent d’exaucer par procuration le rêve de retour de leurs parents mais craquent en chemin et abandonnent la partie. Outre la différence de situation – les premiers, à l’opposé des seconds ne vivant que ce que le Maroc offre de mieux, à savoir la gentillesse de sa population et son sens de l’accueil – il y a ce rêve qui se fracasse au contact de la réalité. Une réalité combien éloignée du mythe forgé dans l’exil par des hommes qui ont sacrifié leur vie pour assurer un devenir à leur famille. Ces hommes-là ont tout supporté, tout enduré et ont permis au Maroc de bénéficier d’une manne financière qui a grandement soulagé sa trésorerie. Aujourd’hui, en leurs enfants, le Royaume peut trouver ces talents capables de l’aider à relever ses défis. Tout le monde aurait à gagner, ces binationaux qui n’en peuvent plus du climat délétère prévalant en Europe, et nous qui avons besoin de sang neuf pour nous renouveler, nous réinventer. Mais faut-il encore que nous le voulions vraiment et travaillions sur ces fondamentaux qui nous font défaut et dont la défaillance oblitère nos perspectives d’avenir. Sans cela, nos jeunes MDM nous préféreront toujours Londres et sa City que Casablanca et sa pagaille n