Les pauvres, doublement exclus

Les pauvres subissent une double infortune, celle consécutive à  la crise et celle liée à  l’insécurité.

Pour s’être aventuré, par distraction, dans l’innommable Lghazoua, à El Jadida, un étranger à la ville a été laissé presque pour mort, par les soins de trois jeunes brigands, qui l’ont scrupuleusement détroussé. Lghazoua fait partie de ces quartiers désormais soumis à un couvre-feu de facto. Les résidents quasiment assignés à résidence surveillée. Au delà d’une certaine intensité, la violence urbaine devient en somme l’expression d’un système de gouvernement jusqu’alors parfaitement inconnu des manuels de droit constitutionnel : une sorte de fascisme apolitique. Tout y figure, en effet, hors l’idéologie : panoplies, culte de la force, machisme, mépris du droit… On entend souvent, à ce sujet, l’interprétation suivante : la délinquance serait imputable à la montée du chômage et à l’exclusion ; elle est, par conséquent, l’expression d’une guerre des pauvres contre les riches. Suivent alors les descriptions de banlieues déshéritées enserrant d’une ceinture de ghettos hostiles les villes-lumières, peuplées de nantis repus et égoïstes. Au vrai, cette image ne correspond pas à la réalité. De fait, les cibles prioritaires de la délinquance semblent bien être non les privilégiés et les riches, mais, au contraire, les démunis et les vulnérables. Dans ce contexte, les pauvres subissent une double infortune, celle consécutive à la crise et celle liée à l’insécurité. Il faudra songer à assurer la protection des doublement exclus.