L’empire des hormones

Il est parfois édifiant de frayer avec les sexologues, ne serait-ce que par livre interposé. Ainsi un certain Robert Wright qui, dans son essai «L’Animal moral» (éd. Michalon, 443 p.), tient que la différence essentielle entre l’animal humain et la sangsue réside dans le fait que le premier, au rebours de la seconde, n’est pas programmé pour la fidélité. Les sangsues, comme leur nom le suggère, sont tellement attachées les unes aux autres, qu’elles passent le plus clair de leur éphémère existence à se pomper mutuellement l’air, pendant que les bipèdes, bien qu’unis pour le meilleur et le pire, résistent difficilement au désir de prendre le grand air. La morale n’y peut rien, vu que cette pulsion est une affaire d’hormones, précise le bon docteur. On transgresse donc. Surtout pendant la période estivale. Non que l’infidélité soit sa saison, mais parce que le soleil provoque une tempête dans les sens. La chaleur et la lumière agissent sur le système des émotions, lequel est formé d’hormones cérébrales qui, sous l’action des rayons, stimulent la glande chef d’orchestrre, située dans le crâne, laquelle, à son tour, libère l’hormone du désir. Sous l’effet de ces combustions immédiates, le bipède laisse brailler son instinct. Alors, les principes valsent, les serments vacillent, les coups de canif dans le contrat pleuvent. De surcroît, l’été, les stimulations extérieures fourmillent, les vêtements s’enlèvent vite, et l’on peut batifoler n’importe où. Si, par malheur, votre conjoint vous surprend en flagrant délice, vous n’avez qu’à invoquer l’empire des hormonesn