Le pari des villes nouvelles

Le volontarisme des pouvoirs publics sur le terrain des villes nouvelles ne peut se limiter à  une réaction face à  une situation d’urgence. Il doit être l’expression d’une détermination profonde à  promouvoir les principes fondateurs d’un système d’organisation de l’espace urbain.

Laplupart des observateurs et des acteurs de terrain reconnaissent que le Maroc indépendant n’a jamais eu une politique de la ville, cohérente et intégrée. D’o๠cette croissance difforme du tissu urbain avec ses laideurs, ses dysfonctionnements et ses ségrégations spatiales. Pourtant, un nombre impressionnant de dispositifs et de programmes se sont succédé dans le temps pour tenter de donner à  la ville un cachet et une âme. Ces outils ont sans doute endigué la montée des difficultés. Mais les différents dispositifs se sont superposés sans grande cohérence. La coopération entre l’Etat et les collectivités locales a d’autre part souvent mal fonctionné, leurs politiques respectives se télescopant parfois. Depuis quelques mois, on parle beaucoup de la politique des villes nouvelles. Un certain nombre d’opérations menées dans ce cadre ont même été fortement médiatisées. C’est un enjeu d’une grande importance pour le développement national et local. Or, la classe politique paraà®t absente dans le débat sur le sujet. Certains vous diront qu’il n’y a rien de nouveau au royaume des cieux. Nombreux sont les «schémas d’aménagement urbain» qui ont prévu la création de villes nouvelles sans pour autant que l’appellation soit mentionnée. Le programme de Zones d’urbanisation nouvelles, confié à  la SNEC, consistait aussi en la réalisation de villes périphériques aux grandes métropoles. Si l’idée de villes nouvelles réapparaà®t sous une autre forme, c’est que les anciens modes d’intervention ont atteint aujourd’hui leurs limites. La pression de l’urbanisation appelle un changement de vitesse. Le déploiement de l’espace urbain n’est-il pas confronté à  des contraintes: épuisement de la réserve foncière publique, rétention foncière, surcoût excessif à  l’aménagement ? L’alternative serait donc de créer des agglomérations fonctionnelles, opérationnelles et viables dispensant l’ensemble des conditions nécessaires au bien-être social. Face à  une telle perspective, des questions demeurent posées. Les villes nouvelles contribueront-elles à  conduire efficacement le développement de nos grandes aires urbaines, tout en évitant une trop forte dispersion de l’habitat et des activités ? Seront-elles innovantes dans les objectifs par la recherche permanente de l’équilibre entre habitat et emploi et par le soin apporté aux équipements publics et à  l’environnement ? Seront-elles innovantes dans les moyens en initiant de nouvelles formes de coopération entre les collectivités locales et en associant l’Etat à  leur développement? Les problèmes rencontrés dans des expériences internationales témoignent que les erreurs et les maladresses dans la programmation peuvent être source de surcoûts et d’échecs. Des intentions initiales aux réalités de la gestion urbaine et sociale, les détours sont parfois fréquents et les agglomérations nouvelles n’y ont pas échappé. Les sorties officielles sur les villes nouvelles mettent régulièrement en exergue l’aspect technicien du phénomène, beaucoup plus rarement ses caractères politique, économique et social. Le volontarisme des pouvoirs publics sur ce terrain ne peut se limiter à  une réaction face à  une situation d’urgence. Il doit être l’expression d’une détermination profonde à  promouvoir les principes fondateurs d’un système d’organisation de l’espace urbain. D’o๠la nécessité de bien identifier les différents enjeux des villes nouvelles. Il ne s’agit pas seulement de résoudre localement un problème, au demeurant réel, de démographie galopante. Il convient aussi et surtout de planifier un aménagement harmonieux du territoire tout entier. Au-delà  de l’équilibre recherché entre emplois, logements, équipements et espaces verts, se profile la question du développement économique, élément indissociable à  la réussite de ce pari. Si la fonction essentielle des villes nouvelles relève de l’urbanisme, on ne saurait néanmoins méconnaà®tre qu’elles participent d’un programme politique d’ensemble. L’entrée en phase opérationnelle va transformer radicalement les méthodes de conception, d’organisation et de mise en Å“uvre de la politique d’urbanisme. Les solutions au plan institutionnel et financier sont encore à  trouver. Il est donc essentiel d’identifier les enjeux afin de nourrir la réflexion des responsables locaux et nationaux et de dégager des perspectives claires.