Le foot, miroir des moeurs

D’aimables lecteurs se montrent intrigués par mon goût immodéré du football. Je leur accorde volontiers que je suis aimanté par cette pratique qui, tantôt me transporte, tantôt me fait sombrer dans l’amertume. Mais un autre aspect stimule mon intérêt pour le football : l’évidence qu’il est plus qu’un sport. De ce «plus», je prélève sa dimension de révélateur des moeurs de la société qui le produit. L’ancien président de la fédération d’athlétisme, Aziz Daouda, aujourd’hui consultant à «Radio Mars», s’agace de ce que nos footballeurs donnent l’impression de marcher sur le terrain, lors même qu’il leur faudrait courir. C’est que, dans leur contexte, la lenteur est érigée en règle de vie. Hormis les automobilistes, parfois par perversité, et les portefaix de Derb Omar, par nécessité, personne ne se presse. Et, sur le terrain, les joueurs en font autant. Lorsque Cabrita, en 1987, a pris les commandes du Raja, raconte Abdelkader Retnani, il a commencé par assigner ses ouailles à un régime sans soda, sans pommes de terre frites et sans pain. Pas question de se priver de pain, rétorquèrent les joueurs. Devant la fermeté du technicien, ils firent mine de se résigner, tout en se bourrant, en cachette, de leur aliment favori. Car, pour le Marocain, seul le pain est essentiel. Du reste, quand un Français dit travailler pour gagner son «bifteck», chez nous, on se décarcasse afin d’«assurer sa part de pain». Bonnes vacances.