Le capitaine quitte le navire en dernier

au lieu d’en faire de même et de sauver ainsi sa vie, le pilote est resté aux commandes de l’avion. Les témoins au sol ont vu ses manÅ“uvres désespérées pour éloigner l’appareil le plus loin possible de la zone résidentielle qu’il était en train de survoler. Jusqu’à  s’écraser avec lui, à  une trentaine de mètres seulement des premières habitations

L’histoire est de celles qui aident à ne pas oublier que les hommes peuvent être capables du meilleur. Les temps de guerre,  comme ils produisent l’horreur, favorisent l’héroïsme. Les individus y sont portés au dépassement de soi, dans le mal comme dans le bien. En temps de paix, surtout dans des sociétés dominées par l’individualisme, l’égoïsme et la mesquinerie humaine tendent plutôt à prendre le dessus. Alors, quand des actes de bravoure surviennent, ils surprennent. On s’y arrête et on se dit, qu’en effet, le courage et l’abnégation jusqu’au sacrifice de sa propre vie ne sont pas que thèmes de littérature.
L’histoire dont il est question s’est déroulée ce 12 septembre, en France. Elle a pour trame un drame, le crash d’un petit avion de tourisme près de l’aérodrome de Tarbes (Pyrénées-Atlantique). Au nombre des victimes, un mort a été dénombré, le pilote. Mais n’eût été l’esprit de sacrifice de ce dernier, le bilan aurait pu être autrement plus lourd. En effet, quand, suite à un problème technique, l’appareil a commencé à perdre de l’altitude, le pilote a largué deux de ses passagers équipés d’un parachute tandis que le troisième s’éjectait. Mais lui, au lieu d’en faire de même et de sauver ainsi sa vie, est resté aux commandes de l’avion. Les témoins au sol ont vu ses manœuvres désespérées pour éloigner l’appareil le plus loin possible de la zone résidentielle qu’il était en train de survoler. Jusqu’à s’écraser avec lui, à une trentaine de mètres seulement des premières habitations.

Au départ, la chronique de ce vendredi devait porter sur un autre sujet, un drame également mais d’un type différent, la déliquescence de notre Education nationale. Une déliquescence qui oblitère l’avenir d’une majorité des jeunes Marocains et rend otages des institutions étrangères et des  écoles privées, vers lesquelles les familles, quand elles le peuvent, se tournent en se retrouvant sommées d’accepter ce qu’on leur demande sans sourciller. Mais, au détour de la revue de presse, l’info sur ce magnifique acte de bravoure s’est imposée. Les deux sujets paraissent de prime abord sans lien aucun. Pourtant, pour peu qu’on pousse le raisonnement, une mise en perspective n’est pas impossible. Le pilote de l’avion crashé près de Tarbes était, selon ses pairs, un excellent professionnel. Quelqu’un qui savait très bien piloter un avion et qui, au-delà de sa maîtrise du pilotage, possédait cette chose si précieuse qu’est le sens de la responsabilité. Or, c’est ce sens de la responsabilité qui l’a conduit à remplir son devoir jusqu’au bout. Un capitaine quitte en dernier son navire en perdition. C’est ce que ce pilote a fait, se préoccupant d’abord de sauver la vie des autres avant de penser à sauver la sienne. Esprit de responsabilité, sens du devoir, des notions qui, dans notre environnement actuel, se sont beaucoup étiolées. L’exemple de ce pilote est extrême car en situation de danger de mort, les réactions sont, en dernier ressort, tributaires de la personnalité de base. Mais la façon dont on vous a, à la fois, éduqués et enseignés, pèse aussi de son poids. Adossée à la famille, l’école joue un rôle fondamental dans l’acquisition de ces valeurs de base que sont le sens de la responsabilité et le sens du devoir. L’école, ce n’est pas seulement un endroit où on vous enseigne des techniques. C’est le lieu, toujours avec la famille, où on forme l’homme, ou la femme, que vous serez demain. Où on vous apprend à penser, à réfléchir et à devenir un citoyen responsable et respectueux de ses devoirs à l’égard de la collectivité. Or, concernant notre Education nationale, c’est là que le bât blesse. Non seulement elle enseigne mal mais elle n’éduque plus, ne participe plus à transmettre les principes et valeurs fondamentales indispensables au bien-vivre ensemble. On s’étonne par exemple que nos médecins, nos juges et nos avocats, hier modèles de probité et de dévouement, soient, pour nombre d’entre eux devenus des tiroirs-caisses. Mais l’école elle-même est devenue un tiroir-caisse, complètement soumise à l’argent, qu’elle soit publique ou privée ! Désespérant de l’Education nationale, les familles, même les moins fortunées, se saignent pour mettre leurs enfants dans le privé avec l’espoir d’y trouver un enseignement de qualité. Sauf que là, comme ailleurs, la logique commerciale tend à prendre le dessus. Reste les institutions étrangères où l’on paie des prix exorbitants pour une pédagogie d’enseignement qui se tienne. Et encore ! Au royaume des aveugles, le borgne est roi ! Plus d’un demi-siècle après l’indépendance, on en est là, acculés à devoir frapper à la porte des étrangers pour qu’ils éduquent nos enfants ! Dur, dur !
Sens des responsabilités, sens du devoir, faut-il donc que notre survie nationale soit à nouveau en jeu pour les retrouver ?