La Tunisie, maîtresse de son destin

Il y a un mois et des poussières, dans le famélique bourg de Sidi Bouzid, des policiers zélés confisquèrent les fruits et les légumes d’un vendeur à la sauvette. Aussitôt, l’homme, dont le nom fera plus tard le tour de la planète, s’incendia devant une administration. Et la Tunisie s’embrasa. L’acte de désespoir de Mohamed Bouazizi aura été l’étincelle qui mit le feu aux poudres, conduisant les masses comme l’élite progressiste, à braver les sévices des milices pour laisser libre cours à leur ressentiment envers le maître de Carthage, lequel, de libérateur – il avait débarrassé son pays d’un Habib Bourguiba retombé en enfance – s’était métamorphosé en bourreau de son peuple, de surcroît, népote, véreux, mafieux. Une révolte, au commencement certes, qui prit, ensuite, l’allure d’une révolution, puisque le tyran fit mine de se renier, afin de se ménager une porte de sortie, qu’il trouva, inconcevablement, dans une fuite honteuse. Il est incroyable qu’un peuple, qui semblait résigné à son sort, soumis par la force des choses, et qu’on disait peureux, ait pu s’insurgir contre son destin, jusqu’à parvenir à mettre en fuite le surpuissant auteur de ses tourments. Du coup, la Tunisie est érigée en exemple, pour avoir secoué ses fers, et ce faisant, se garantir des lendemains qui chantent. Mais pourrait-elle éviter les écueils dans lesquels sombrent souvent les révolutions ? Combien de rêves vite fracassés, que de printemps tournant en hivers abominables ! Pour l’heure, on ne voit pas clair dans le devenir de la Tunisie libérée. Et comme dit un proverbe turc, «les nuits sont enceintes et nul ne connaît le jour qui naîtra».