La Tunisie du jasmin et du cactus

La cohabitation au pouvoir issue des élections de 2014 a eu des vertus indéniables, elle a procuré une assise parlementaire au gouvernement, pacifié le jeu politique. Mais elle s’est révélée source d’immobilisme. Moins d’un an après sa victoire aux élections, le parti au pouvoir est le théâtre d’une guerre de clans.

Il y a quelques mois, la transition démocratique tunisienne a été couronnée d’un prix Nobel de la paix. Depuis, l’expérience bat de l’aile, les difficultés s’amoncellent. L’alliance entre modernistes (Nidaa Tounes) et islamistes (Ennahda) augurait de lendemains meilleurs ; elle s’est révélée source de blocage. Retour sur une trajectoire pleine d’enseignements pour les pays de la région. Le quartet du Dialogue national tunisien – l’Union générale tunisienne du travail, de l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (patronat), de la Ligue tunisienne des droits de l’homme et de l’Ordre national des avocats – a joué un rôle clé quand le pays menaçait de basculer dans l’instabilité. Le prix Nobel, c’était d’abord la reconnaissance d’un processus politique qui pouvait inspirer d’autres nations arabes (Libye, Syrie, Yémen, Egypte, Algérie…) enlisées dans des guerres dévastatrices ou bloqués dans des systèmes autoritaires. La Tunisie a su se doter d’une nouvelle Constitution novatrice et organiser des élections libres et transparentes. Une voie alternative refusant l’enfermement dans le choix entre l’autoritarisme et l’islamisme. Le prix Nobel était aussi l’expression d’un soutien aux institutions tunisiennes dans un contexte économique et politique difficile. Des organisations ont mis de côté leurs antagonismes pour agir dans l’intérêt général. Le compromis historique entre Nidaa Tounes et Ennahda a rendu possible le «miracle tunisien» : constitution consensuelle, alternance sans vainqueurs ni vaincus. Il a pu éviter à la Tunisie de connaître un scénario sanglant à l’égyptienne. La cohabitation au pouvoir issue des élections de 2014 a eu des vertus indéniables, elle a procuré une assise parlementaire au gouvernement, pacifié le jeu politique. Mais elle s’est révélée source d’immobilisme. Moins d’un an après sa victoire aux élections, le parti au pouvoir est le théâtre d’une guerre de clans qui redonne une marge de manœuvre à Ennahda.