La leçon du MAS

Chevaliers sans peur et sans reproche, les joueurs massaouis mettaient leur point d’honneur à  conquérir une place en finale de la Coupe de la CAF.

Selon un mythe grec, dont Albert Camus, illustre passionné du football, fit la métaphore de l’absurde inhérent à la condition humaine, Sisyphe, roi de Corinthe sanguinaire, fut condamné dans les Enfers à faire rouler sur la pente d’une montagne un rocher qui retombait toujours avant d’avoir atteint le sommet. Le Moghreb de Fès n’était coupable d’aucun crime, pourtant, si l’on remplaçait le rocher par le ballon rond et le sommet de la montagne par les filets gabonais, il se vit subir, pendant 95 pénibles minutes, un châtiment semblable, en tous points, à celui infligé au saigneur Sisyphe.
Chevaliers sans peur et sans reproche, les joueurs massaouis mettaient leur point d’honneur à conquérir une place en finale de la Coupe de la CAF. Sur leur chemin se dressait l’obstacle Interclub, aisément franchissable, estimaient-ils, car s’il se montre ardent au combat, il manque notoirement de génie. A l’épreuve, les choses prirent une tournure désavantageuse. D’entrée de jeu, le MAS sonna la charge, et au fil des minutes multipliait les incursions dans le camp adverse, y plantant une pluie de banderilles aussitôt réduites à des coups d’épée dans l’eau. Toute autre équipe marocaine, confrontée à une pareille terrible fatalité, aurait été gagnée par le doute et l’incertitude. Le MAS, au contraire, ne se fissura à aucun moment, tant et si bien que grâce à une frappe de mule de son canonnier Chtaïbi, il fit, à l’ultime seconde de la partie, plier le sort à sa volonté. Exemple à suivre, si l’on veut échapper au destin de Sisyphe.