Harira à  la grimace

Chaque Ramadan, le contribuable marocain, à l’heure de la rupture du jeûne, a pour seule ambition de reprendre des forces tout en sirotant des vannes bien senties. Mue par sa sollicitude légendaire, la télévision, rituellement, mitonne à son intention une potée de séries «humoristiques», de manière à apaiser sa fringale de drôlerie. Cette année, la table a été pantagruélique, aussi abondante que les réjouissances publicitaires. Ce qui n’a pas empêché les téléspectateurs de faire la moue. Les moins regardants se plaignent d’être restés sur leur faim, les plus intransigeants confient moqueusement qu’ils auraient préféré se crever les yeux plutôt que de suivre un épisode de «Dima Jirane». Il faut être frappé de cécité pour ne pas s’apercevoir que la télévision veut du bien au téléspectateur, au point de ne lui offrir que les programmes susceptibles de lui plaire, c’est-à-dire ceux dans lesquels il peut se mirer. Certains réclament des comédies subtiles, elles provoqueraient la prise de tête, leur rétorqueraient les psychologues et sociologues avertis, qui peuplent les commissions de sélection des émissions, or les Marocains aiment à ménager leurs méninges, ajouteraient-ils. De la légèreté, des personnages lisses, parce que les aspérités révulsent le téléspectateur terre à terre, pas d’émotions fortes. Tant pis si d’aucuns trouvent que cette forme de détente confine à la léthargie. Je vois à votre visage que cela ne vous fait pas rire.