Gripper la machine à  fabriquer des Mohamed Merah

Dans le climat délétère qui règne en France avec la politique menée depuis cinq ans à  l’égard des musulmans et des étrangers, il y a tout lieu de craindre une exacerbation de la stigmatisation. Une exacerbation qui rendra plus difficile le nécessaire travail sur soi que les musulmans de France et d’ailleurs sont de plus en plus tenus de mener.

Le 22 juillet dernier, quand survient la tuerie d’Oslo, les musulmans norvégiens retinrent leur souffle. La piste de l’intégrisme musulman s’étant aussitôt imposée à l’esprit, ils ont tremblé à l’idée que l’un des leurs soit le tueur. Fort heureusement pour eux, il n’en était rien. Celui qui assassina de sang-froid 77 personnes dont 69 jeunes était un Norvégien de souche, blond et clair de peau. Comme le tueur de Toulouse qui, avec ses cheveux châtains et son regard rieur, passait pour le «bogoss» de son quartier. A cette différence de taille que l’origine de Mohamed Merah, contrairement à celle d’Andréas Behrig Brevik, n’est pas européenne mais arabe. Et que la communauté musulmane de France ne s’attendait absolument pas à ce que le coupable soit un des siens. Les premiers à tomber sous les balles du tueur français n’ont-ils pas été des musulmans ? Et quand l’attentat contre l’école juive de Toulouse se produisit, les témoins n’ont-ils pas cru voir un homme de «type européen» ? Dans un premier temps, les regards se sont donc, naturellement, tournés vers les groupes néonazis dont les crimes de Montauban et de Toulouse semblaient porter la signature. Quel ne fut donc leur choc que d’apprendre qu’il s’agissait, en fait, d’un Franco-algérien se revendiquant d’Al Qaïda ! «On est foutus !», s’est exclamé un animateur de Radio Beur, résumant le sentiment de beaucoup de Maghrébins de France lorsque l’identité du tueur fut connue. Comme il y a quelques mois à Liège où Nordine Amrani, belgo-marocain, sema la terreur en plein cœur de Liège, il s’agit, là encore, d’un jeune de la seconde génération. Avec cette donnée aggravante que ce fou endoctriné a revendiqué ses actes au nom d’une conception démente de l’islam et déclaré que son seul regret était de ne pas avoir fait plus de victimes ! Aussitôt les voix des dignitaires de l’islam de France se sont élevées pour mettre en garde contre les amalgames, insistant sur le fait que l’islam ne saurait être tenu pour responsable des égarements de l’un des siens. Un musulman n’a-t-il pas été le premier à tomber sous les balles du «casque noir» ? Mais, dans le climat délétère qui règne en France avec la politique menée depuis cinq ans à l’égard des musulmans et des étrangers, il y a tout lieu de craindre une exacerbation de la stigmatisation. Une exacerbation qui ne pourra que rendre plus difficile le nécessaire travail sur soi que les musulmans de France et d’ailleurs sont de plus en plus tenus de mener. Certes, Mohamed Merah ne représente qu’une branche pourrie de l’arbre. Mais cet arbre, ne devient-il pas urgent de passer en revue son état général pour comprendre comment il peut donner naissance à de telles branches ? N’y-a-t-il pas, dans l’acte de Merah, l’expression d’une maladie de l’islam, de la crise qu’il traverse et qui le rend, par certains égards, étranger à lui-même et à sa vérité profonde ? Tout comme la tuerie hallucinante du Norvégien Andréas Behrig Brevik, qui refuse d’être considéré comme un fou et plaide coupable pour chaque balle qu’il a tirée, est également un symptôme du cancer qui prolifère au sein de la société occidentale sous la forme de l’extrémisme de droite. Les deux idéologies, celle de Mohamed et celle d’Andréas se répondent et se nourrissent, les deux tueurs se présentant comme des «combattants» engagés dans une guerre à mort contre l’autre. La guerre contre l’autre, contre cette société multiethnique qui devient le propre du monde actuel et qu’exècrent au plus haut point les fanatiques comme Brevik et Merah, c’est à cela que se livrent ces derniers avec la volonté d’entraîner dans leur sillage leurs communautés respectives. D’où la nécessité pour ces dernières de prendre la mesure du danger qui les guette et d’agir pour s’en prémunir. Comment ? D’abord en commençant par balayer devant leur porte. Certes, une fois encore, Mohamed Merah ne représente pas les musulmans de France. Mais il est représentatif de cette dérive qui conduit de plus en plus les musulmans à se fermer sur eux-mêmes et sur leurs certitudes. A pratiquer un islam dogmatique, plus soucieux de la lettre que de l’esprit. A enterrer les enseignements d’Ibn Rochd. A se vouloir toujours des victimes de l’Occident comme si la colonisation n’avait pas pris fin depuis cinquante ans. A prendre prétexte du conflit israélo-palestinien pour ne pas avoir à répondre de leurs errements. A se déresponsabiliser quoiqu’il arrive. Or c’est avec cette attitude qu’il faut rompre. Il est temps, plus que jamais, de se regarder en face. D’oser se remettre en question. Ce n’est qu’ainsi, uniquement ainsi, qu’on pourrait espérer gripper la machine à fabriquer des Merah.