Enjeux et devenir de la région

Vantée pour sa vocation d’intégration, la région constitue l’échelon spatial où se déploie le mieux toute stratégie de développement. Avec une réduction de leur nombre et un renforcement de leur support institutionnel, les régions gagneraient toutefois en légitimité et en efficacité.

AuMaroc, en dépit de son caractère irréversible du fait de sa consécration constitutionnelle, le processus de la régionalisation titube toujours au gré d’aléas politiques et de contingences statutaires et matérielles. Pour cause, l’on évoque les pesanteurs qui grèvent la région et qui renvoient à la problématique du déploiement effectif du choix régional lui-même. La réalité juridique et logistique de la régionalisation d’une part, et les limites liées au découpage régional, aux dédoublements fonctionnels entre entités territoriales distinctes, à la confusion des rôles, d’autre part, témoignent d’un grand décalage qui existe entre les ambitions et les moyens.
En effet, depuis l’expérience de 1971, marquée par la création de 7 régions à caractère foncièrement économique et ne disposant ni de personnalité morale ni de statut de collectivité locale à celle de 1992, où la région a été érigée en collectivité territoriale à part entière, à celle de 1997, qui a fait passer le nombre de régions de 7 à 16, le projet régional au Maroc est toujours en quête de sa légitimité au moment même où la région est considérée comme un déterminant incontournable de la gestion des politiques publiques territoriales.

Une nouvelle configuration régionale est nécessaire, s’inspirant des expériences étrangères
Si le débat sur la centralisation et la logique unitaire qui faisait profession de foi, au nom d’un Etat seul pourvoyeur en ordre et en sécurité sociale, n’est plus à l’ordre du jour, il serait illusoire de penser que la rupture avec cette pratique puisse être facilement consommée.
Toutefois, la prise de conscience, acquise à l’épreuve des réalités, de l’inopérance des mécanismes totalisants et centralisateurs déployés par l’Etat vis-à-vis du territoire témoignent d’une évolution salutaire des rapports entre ces derniers. En créant des entités territoriales constitutionnellement reconnues et en leur concédant des parcelles de pouvoir, l’Etat fait preuve d’un renoncement significatif à ses tendances centralisatrices. La régionalisation contribue, en effet, à réhabiliter le territoire en invitant le pouvoir central à reconsidérer ses lignes de conduite autour des valeurs de proximité et de concertation décisionnelle.
A ce titre, la dimension démocratique de la région s’apprécierait à l’image du rapprochement du citoyen des lieux de responsabilité publique, ce qui suppose une application du principe de subsidiarité qui constitue un mécanisme pour repérer les zones de compétences concurrentes et un guide pour savoir lequel des niveaux de territorialité est le plus efficace pour mener une action dans l’exercice d’une compétence.
Il est donc temps que notre pays dessine les contours d’une nouvelle configuration régionale, en s’inspirant des expériences étrangères qui renseignent sur la pertinence du choix régional et sur la nécessité de sa structuration, sur les valeurs de l’autonomie, de la proximité et de la valorisation du territoire.
Pour être efficace sur le plan économique, la région doit puiser sa viabilité dans un statut politique clairement défini. Disposant d’une personnalité morale et d’une autonomie financière, la région peut réaliser le développement des unités territoriales de base en assurant la conduite de politiques publiques de développement et d’aménagement intégré.
Par ailleurs, il s’avère nécessaire de procéder à une refonte statutaire de la régionalisation ; des textes législatifs et réglementaires doivent être élaborés pour délimiter le champ de son action et clarifier le statut et les attributions de l’entité régionale.
Liées essentiellement au processus d’intégration sociale et de développement économique, les vocations de la région révèlent l’enjeu stratégique de cette entité. En effet, destinée à être un véritable espace de développement et de transformation sociale, la région peut assurer un véritable repositionnement du territoire et ce, en mettant à profit l’approche anticipative de la prospective territoriale. En effet, il s’agit de reconsidérer les approches d’aménagement du territoire jusque là déployées pour lutter contre sa désertification, son enclavement et sa désintégration. D’où la nécessité de mettre en œuvre une stratégie de développement du monde rural et de procéder à une nouvelle politique de reconstruction urbaine et sociale pour parer au phénomène de dégradation de l’espace et des cadres de vie.
A ce titre, le rôle de la région en matière d’animation et d’organisation de la vie économique et sociale est incontestable. En mobilisant ses ressources naturelles, financières et humaines dans le cadre de projets structurants, l’espace régional contribuerait en effet à créer de la valeur autour de ses propres potentialités et à cultiver celle de la proximité vis-à-vis de l’investisseur et du simple citoyen. La création des Centres régionaux d’investissement (CRI) s’inscrit dans ce cadre.
Par ailleurs, compte tenu de leur accroissement et de leur complexité, les problèmes de gestion de l’espace nécessitent la mise en place de nouvelles formes de gestion du pouvoir et de prise de décision. Plus particulièrement, les contraintes de l’entité régionale renvoient à une crise de gouvernabilité liée à la nature des actions qui y sont menées où à leur défaut. Lenteur, méfiance, attentisme, discordes sont des caractéristiques qui imprègnent, de façon récurrente, l’action des organes élus censés déployer les politiques de développement régional. A ce titre, la préoccupation managériale et économique devrait présider à l’élaboration de toute décision engageant l’action publique locale. C’est dire qu’à défaut d’une célérité et d’une efficacité des actions entreprises par les acteurs locaux, la région ne saurait se muer en territoire de projets porteurs de changement et de positionnement stratégique.
En effet, appelée à être compétitive sur le plan national et ouverte sur l’international, la région se doit de renforcer sa gouvernance stratégique en rénovant ses mécanismes de prise de décision et en favorisant les échanges d’expériences avec des consœurs étrangères dans le cadre d’alliances et de réseaux de coopération.
En réduisant leur nombre et en les dotant de support politique et institutionnel à même de leur assurer une existence réelle en tant qu’échelles médianes entre l’Etat et les collectivités locales de base et en tant que pôles stratégiques de développement intégré, les régions gagneraient en légitimité, en efficacité et en ancrage

En mobilisant ses ressources dans le cadre de projets structurants, l’espace régional contribue à créer de la valeur autour de ses propres potentialités. La création des Centres régionaux d’investissement s’inscrit dans ce cadre.